La fête des mères quand maman n’est plus là…

Je n’ai jamais été du genre à tripper fête des mères. Pareil pour la fête des pères. Papa n’y a jamais porté d’importance, et maman y en accordait beaucoup trop.

Les gentilles attentions étaient souvent gâchées par son puissant désir de vouloir tout mettre en scène lors d’une journée parfaite, accompagnée du cadeau parfait. Vous me direz peut-être que j’étais trop froide ou trop sévère…. Peut-être !

En dehors de cette journée, Danielle et moi étions comme des amies. La plupart du temps tout allait bien. Très bien ! On se criait des « Je t’aime » bord en bord de la maison, et ce, plusieurs fois par jour. Toutefois, quand ça allait moins bien, ça n’allait pas du tout. C’est normal et que toutes les familles vivent des hauts et des bas…

Maman souffrait d’une profonde dépression. Depuis que j’ai l’âge de m’en souvenir. Ça a été très difficile d’être là, d’être assez là. Tout n’était jamais suffisant. Mis à part que ça fait grandir, il n’en ressort pas grand-chose de positif.

Malheureusement, ces moments difficiles ont pris le dessus sur la majorité de sa vie et elle a raté plein de belles occasions d’être heureuse.

À 61 ans, maman est tombée malade. Ce qui était pour moi une autre visite à l’hôpital pour des médicaments mal coordonnés s’est rapidement transformé en diagnostic de cancer du cerveau, incurable.

Mon monde s’écroulait. Ma poutre de soutien, mon réconfort, ma source illimitée d’amour et d’encouragements allait s’éteindre et je ne pouvais rien y faire. Encore une fois, je prenais soin d’elle. À tous les jours, je l’accompagnais à l’hôpital. Elle avait toujours été là pour moi, il était hors de question que je la laisse toute seule pour traverser cette dernière épreuve.

Durant ces 3 semaines passées aux soins palliatifs, nous avions développé une petite routine. C’était l’automne, les feuilles commençaient tout juste à tomber. Nous allions prendre un peu d’air dehors. Je me souviens que même la cigarette ne l’intéressait plus. Au retour à sa chambre, elle se remettait au lit, j’enlevais mes bottes, j’allumais sa petite radio, je me couchais près d’elle, on mangeait des bonbons et on écoutait du Patrick Norman en boucle ! Je devais faire mon deuil et encore, elle m’accompagnait. C’est elle qui était là pour moi.

Durant ces 3 semaines, maman ne prenait plus ses mille et un médicaments, je ne l’avais jamais vu aussi calme. De cette soirée à chanter « Man, I feel like woman » de Shania Twain en buvant du vin rouge, au sandwich au baloney qu’elle n’avait jamais eu l’habitude de manger et qui était devenu son plus grand désir, qu’elle dévorait à grands coups de Miam, même si elle avait déjà souper, aux moments moins drôles où elle ne nous voyait plus, mais nous disait encore « Je t’aime », jusqu’à ce que son corps ne réponde plus du tout, j’ai réappris à la connaître, une nouvelle maman sereine, douce et aimante de tous. C’était à ce moment-là une consolation.On apprenait à se connaître vraiment, après 23 ans. Elle vivait enfin un peu de la vraie vie.

Même à la toute fin, maman avait une fois de plus mis en scène son départ. Depuis longtemps, elle avait choisi une robe de nuit, blanche, délicate et fait de broderies anglaises. Elle serait la plus belle pour partir. C’était la première fois où je jouais le jeu pour elle. Son regard était rempli d’amour et de reconnaissance. C’était la première fois où je trouvais ça mignon et ce fut la dernière fois où je l’ai vue aussi heureuse.

La Fête des mères est une journée bien difficile depuis 3 ans. Une journée où je fais quelque chose qu’elle aurait aimé, où je l’imagine à mes côtés, en train de m’épauler lors de moments difficiles et de m’encourager dans mes nouveaux projets. Sans pouvoir m’empêcher d’imaginer ce que la nouvelle moi aurait pu faire aujourd’hui pour lui faire plaisir et lui faire découvrir un peu plus de bonheur. Qui sait, peut-être me croiserez-vous dans un petit resto français, un verre de rouge à la main en écoutant « Quand on est en amour ». Pour moi, c’est ça la Fête des mères.

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Je t’aime maman

A.

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Un commentaire sur “La fête des mères quand maman n’est plus là…

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  1. Wow…ca m’a touché droit au coeur et j’ai versé quelques larmes…j’ai moi même laissé beaucoup de moments difficiles gâcher des occasions d’être heureuse et le fait d’avoir lu ce texte viens de m’en faire prendre conscience. Vivons au jour le jour et apprécions notre chance d’être en vie de partager notre amour, de créer et d’être en santé merci A. et marraine Danielle ❤ Je vous aime xxx

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