Ce qui se passe dans ma tête : Les troubles alimentaires au masculin et féminin- Partie 1

 « Très tôt, j’ai compris que, dans la vie, il fallait être heureux ; depuis, je vis sous pression. »

Nelly Arcan, Folle, p.144.

 * * *

Partie 1 : Les causes du problème

Ici, vous ne trouverez pas de photographies. Je ne veux pas créer un instant de gloire à des gens qui essaient de sauver leur vie. Certains noms sont véridiques, d’autres non, mais l’histoire de ces gens est réelle. Ce sont des gens de tous les jours, qu’on croise dans la rue. C’est aussi mon histoire décortiquée en deux volets ; les causes du problème et la bataille au quotidien avec l’espoir de s’en sortir.


Un fléau présent. Des statistiques. Des effets sur le corps que nous connaissons. Une mentalité préconçue à ce sujet de la part des gens qui vivent ça de l’extérieur. Un jugement. Un « Enweille là. Viens donc manger avec nous. Ça ne va pas te tuer de faire un effort ». Une dédramatisation du sentiment intérieur. Une fuite de la vie sociale pour ne plus subir les jugements. Cacher ses émotions. Revêtir des masques. Jouer la comédie et exceller dans cela. Usurpatrice du bonheur. Menteuse compulsive. Une anxieuse demeurée. Une perfectionniste. Une éternelle insatisfaite. C’est d’abord ça, avant tout le reste. Les troubles alimentaires partent d’un état émotif, d’une détresse, d’un manque d’amour et de confiance en soi. C’est une maladie mentale. Point. Ce n’est pas un caprice, c’est une maladie.

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Source photo – Pinterest

-Karolanne, 23 ans. 

Depuis qu’elle a 15 ans qu’elle vit avec des troubles alimentaires. Se sortir de ce cercle vicieux, c’est un éternel combat. La bataille d’une vie. Des rémissions. Des rechutes. Un problème qui selon elle, va durer toute sa vie.

Cette maladie part d’un besoin de contrôle. Un vouloir que tout soit absolument parfait. Maladivement. Un désir de vouloir se plaire à soi-même. D’atteindre une perfection pour nous-mêmes. Appliquer ce même principe ailleurs que sur le corps. Vouloir que tout soit parfait. Se pitcher à tête perdue dans tout pour ne pas penser à notre mal intérieur. S’en mettre tellement sur les épaules, que tu finis par craquer et recommencer ce cercle vicieux de perte de poids, de restrictions alimentaires ou de gavage/purge, de sports intensifs, de laxatifs… À t’en détruire la vie, la santé, l’avenir.

Elle le sait bien que tout ça, c’est du n’importe quoi. Qu’elle joue un jeu dangereux, mais quand tu fais une crise d’anxiété, tu perds le contrôle de ta tête. De ta logique. Ton petit diable vient tout chier les bonnes actions que tu avais entreprises. Tu perds le pouvoir sur tout.

« Lorsque les émotions sont à vif, c’est là que j’ai mes crises boulimiques, en plus de mon anorexie. C’est de plus en plus dangereux, plus je vieillis, parce que c’est de plus en plus violent. Tu veux en mourir. Tu as tellement mal, que pour te sentir vivante, tu te fais mal physiquement. Avec un couteau pis ton poignet. »

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Source photo – Pinterest

-Simon, 29 ans. (Nom fictif)

Être ado, une période fatidique où l’on fait nos choix pour le futur. De bons et de mauvais. Partir d’une bonne intention. Vouloir se protéger. Être le dude ultra mince et grand. L’intimidation et le taxage l’ont mené vers l’entrainement. La musculation. Devenir plus massif pour ne plus se faire niaiser. Se défendre. Prendre confiance en soi aussi. Se trouver beau. Oui, le superficiel de ce monde demande ça. Une pression d’être parfait, quoi ? Ce problème se nomme  bigorexie, l’anorexie inversée.

Comme dans tout, tu atteins un plafond. Une zone où tu es rendu à la limite de ton corps. Dans ce cycle d’insatisfactions et de toujours en vouloir plus, vient le marché noir. L’introduction aux juice, la sauce, termes utilisés dans les gyms pour parler des stéroïdes (testostérone de cheval). L’utiliser pour donner un nouveau boost au corps. Grossir. À n’importe quel prix. Peu importe les conséquences à long-terme sur le corps.

« C’est comme chez les anorexiques. On veut encore plus de résultats. On est fier et les gens nous félicitent de ça. Ils nous trouvent beaux. Je sais que ce n’est pas bon, mais je le fais pareil. C’est dans ma tête. C’est mental. J’en ai besoin. On le fait tous pareil parce que rien n’est plus important que de grossir. Prendre de la masse, même si c’est de l’air. » 

-Vanessa, 26 ans.

Ça, c’est moi, l’auteure de ce texte. Une fille qui veut comprendre les autres, qui veut montrer aux gens extérieurs qu’il y a toutes sortes de gens pour faire un monde. Que ces personnes ne font pas folles. Qu’elles sont conscientes de leurs maux, mais que la pression de la vie fait en sorte qu’elles rechutent. Elles ont trouvé ce moyen pour contrôler ce qui ne l’est pas, soit toute la vie, en général.

Je suis une fille qui a vécu ce genre de trouble, mais qui n’est plus là. Je ne peux pas qualifier que c’était de l’anorexie pure et dure, mais j’ai toujours eu un rapport difficile avec la nourriture. Du plus loin que je me souvienne, j’étais en secondaire un et je me trouvais grosse comparativement aux autres filles. J’ai arrêté de manger le matin, avec le temps, au dîner aussi, et au souper, juste le strict minimum, juste pour ne pas alerter mes parents. S’entrainer beaucoup. Se surbooké pour ne pas penser à la faim. Changer d’école pour fuir ce problème d’image. Mais revenir à ces restrictions alimentaires lorsque le stress de la vie me submerge. Contrôler la seule chose que je peux, dans ma vie, soit moi-même et ce que je mange.

Les gens autour de moi me trouvaient belle, que j’avais une très bonne alimentation, jusqu’au moment où la dépression s’est pointée le bout du nez, il y a plus d’un an. Ce n’était pas pour maigrir que je ne mangeais plus. C’était pour avoir le contrôle de ma vie, enfin, un pouvoir sur moi parce que tout le reste chiait. Aussi, pour se punir, se sentir vivante… Vivante de quoi ? Je n’en sais rien encore, parce que tu n’es sincèrement pas vivante à 93 livres, sur le bord de t’évanouir à chaque seconde.


Voici la première partie de deux textes sur les problèmes alimentaires. L’exposition des faits. La naissance de ce problème mental. De cette maladie. La suite sous peu. La lutte au quotidien de ceux qui le vivent encore. La réussite/l’espoir d’avoir vaincu le problème pour d’autres. Parce que oui, comme dans tout, avec des efforts, la volonté de s’être vaincu et le fait de demander de l’aide, il est possible d’avoir une fin heureuse à quelque chose qui ne l’est pas.

V.

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