Lettre à toute les mamies qui oublient qu’elles étaient mamies…


ÉTATS D'ÂME, x / jeudi, juin 30th, 2016

Aujourd’hui, j’ai réalisé que dans ta tête, tu n’étais plus une mamie. Chez celui d’un enfant, ton esprit s’est enchaîné et se rouille. Le regard, brouillé comme un œuf, ta boite à souvenirs prend son envol.

Maintenant, il n’y a que des petits trous noirs dans tes tiroirs. Rendant tes yeux vides et naïfs, sans cogner, le vent froid s’est invité en toi. J’aimerais ça que tu m’invites sur la Lune qui t’emprisonne.

Te border après t’avoir nourri comme tu l’as fait quand j’étais petite, je cherchais à entendre ce rire avec lequel j’ai grandi. Quand je repense à ton dernier Noël avec nous ; celui où je t’ai offert ma photo de finissante d’université. C’était il y a trois Noël seulement.

Il me semble qu’encore hier, tu nous tricotais des pantoufles et tu m’apprenais ta grande gastronomie de spaghetti au beurre. Je repense à nos parties de batailles aux cartes, à la manière dont tu répondais au téléphone, au moment de l’année où tu installais tes lumières de Noël et tes cheveux d’anges dans ton sapin. Assise sur le bord de la plage en Floride, tu nous regardais tellement longtemps que ton maillot de bain se remplissait de sable, et tu riais avec ton cœur, tout le temps.

Aurait-il fallu que l’on mette des petits cailloux qui mènent à ta maison pour t’aider à te souvenir de ta vie ?

Il parait que les anges attendent le bon moment avant de faire élever ton esprit de la gravité ; il faut croire qu’ils viennent te chercher à petit feu. En ce moment, comme le dit Jean Leloup, tu es dans la « zone zéro : l’endroit où tu meurs et tu penses que tu vis. » Avec ce vent froid qui t’habite, comme une feuille colorée en plein automne, tu te détacheras de ton arbre, et te balanceras jusqu’à chez moi.

Entre aujourd’hui et toujours, j’aurai toujours une mamie.

F.

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