Concevoir l’extraordinaire…


ÉTATS D'ÂME, TEXTES DE S-M., x / mardi, août 16th, 2016

Le bon moment. On attend souvent le bon moment pour plein de choses dans notre vie. Mais s’est-il déjà présenté ? En tout cas, je n’ai jamais vu un gars se présenter devant moi en me disant : Salut, c’est moi, le bon moment. Je n’ai pas non plus vu de bannière dans le ciel m’indiquant que c’est le bon moment, ni de biscuit chinois avec l’expression Let’s go ma poule, c’est le bon moment. Peut-être que je ne passe pas assez de temps le nez dans le ciel ou au restaurant chinois, mais bon.

Donc, je ne sais pas quel est le bon moment pour concevoir l’extraordinaire, pour devenir maman. Présentement, ça a l’air que ça ne l’est pas. Nous ne sommes pas à cette étape il faut croire. Il faut un toi et moi qui deviennent un nous (ça on l’a !!!). Il faut aussi un moi qui se sent prête et un toi qui se sent prêt, donc un nous vraiment ready. Nous ne l’avons pas encore, nous travaillons là-dessus.

Des fois, je trouve ça tellement long. On dirait un travail de philo. On discute, on discute, on pellète des nuages et on aboutit à la même place qu’au début de la conversation. J’essaie de t’expliquer que mon corps me hurle que mon ventre n’est pas juste fait pour emmagasiner du chocolat, mais bien pour concevoir l’extraordinaire. Je sais que tu ne comprends pas cet appel, les cigognes qui envoient les bébés n’ont pas ton numéro de cellulaire, tu ne l’as donc jamais reçu ce fameux appel.

Je sais aussi que ce n’est pas le moment. Pareil comme lorsque tu es dans une super longue file, que tu vois les gens qui ne cessent de s’ajouter et que tu pognes une envie de pipi. Tu as super envie, mais ce n’est pas le moment, tu le sais. Moi c’est pareil, j’ai super envie, mais ce n’est juste pas le moment.

C’est dur parfois. Toi, quand tu as envie de manger une tonne de Oreo, tu me demandes de cacher la boîte. Moi, quand j’ai envie d’être maman, on ne cache pas tous les enfants. On ne demande pas aux femmes enceintes de revêtir leur combinaison de camouflage et de longer les murs. Mais tu sais quoi ? C’est bien correct comme cela, car je trouve le spectacle superbe.

J’ai beau avoir ce grand désir, je comprends que c’est beaucoup plus complexe que l’histoire de l’abeille qui butine la fleur. Quoique très instructive, cette théorie oublie de mentionner que l’abeille et la fleur doivent être en accord et prêts, car ils seront une équipe pour la vie. Présentement, je suis envahie par une marée de bedaines et de bébés. C’est clairement la noyade la plus agréable de toute ma vie. Je panique parfois en me disant que je vieillis et toi mon lifeguard, tu me rappelles que je n’ai même pas 28 printemps.

Et là je me dis, c’est bien vrai, je suis jeune, invincible (dans mes rêves !) et tout est possible. J’ai tant à découvrir, à explorer. Je veux être la future Dora (oui, l’exploratrice). J’ai tout mon temps pour devenir maman, mais d’un autre côté, le compte à rebours de mon corps retentit en moi.

J’oscille constamment entre cette envie et ma raison qui me dit Calme toi Pico, tu n’as pas 92 ans, tu as le temps. J’ai toujours peur de me dessécher subitement, qu’il soit trop tard ou que mes parents soient trop vieux pour pouvoir connaître mes enfants longtemps. J’ai adoré mes grands-parents, mais ils étaient déjà âgés et j’aurais aimé les garder plus longtemps. J’ai le goût que ma mère «garde les buts au hockey» comme ma grand-mère l’a fait avant elle, sans se faire un tour de rein à chaque fois que je shootais. J’aimerais ça que mon père soit le meilleur ami de mes enfants, leur complice comme le mien l’était pour moi.

L’épidémie de bedaines me ramène à la chance que j’ai eue d’être aimée autant par ma famille. Un jour, ce sera moi. En fait, un jour ce sera nous.

 

S-M.

sarah maude

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