Je suis une sado-maso


ÉTATS D'ÂME, TEXTES DE A., x / jeudi, octobre 11th, 2018

Bon, maintenant que j’ai votre attention, non malheureusement, je ne vais pas vous parler de sexe, pas beaucoup en tout cas.

Je suis une sado-maso de l’amour. J’aime ça quand ça fait mal, quand ça brasse tout en-dedans. Quand tu sais plus si t’aimes ça ou pas, mais que tu continues parce que, cri*s que tu te sens vivante à te torturer comme ça. C’est pour ça que je me retrouve toujours dans des histoires sans bon sens. Et moi, je ne perds pas de temps. Il faut juste que le feeling soit là. Un eye contact et je suis en amour. Et moi, ma pupille elle a un faible pour les crosseurs. Dès qu’elle croise une pupille de pas fiable, elle envoie le message à mon cerveau que j’ai trouvé l’homme de ma vie et lui me garoche une brouette de papillons dans l’estomac.

La dernière fois, j’ai gagné le gros lot avec le gars marié. J’ai joué les maîtresses pendant 6 mois et ça s’est terminé dans d’atroces souffrances, mais ça, n’importe qui aurait pu le prédire. Mais cette fois-ci, honnêtement, je me suis surpassée. À la limite, je suis fière. Fière de me rendre compte du ridicule de la situation et de persévérer quand même dans l’absurdité de la chose (il parait que la persévérance est une belle qualité). Parce que le nouvel homme de ma vie n’est nul autre que… le barman. Attendez, je sais ce que vous dites: «Ben voyons! C’est sa job de te cruiser. Comme ça, tu bois plus. C’est bon pour le bar et pour son pourboire». Mais vous vous trompez, lui il n’est pas comme ça. Parce que non seulement il use de ses charmes pour faire dépenser les jeunes femmes, mais en plus, monsieur est en couple. Je vous l’avais dit que je m’étais surpassée.

Mais moi, j’aime ça quand ça fait mal, alors je fais fi de cette information et prépare la salle de torture. On commence ça avec le eye contact le plus intense jamais vécu. Petit sourire gêné, il détourne le regard. J’ai gagné le 1er point. S’ensuit plusieurs shooters de Tequila, une chanson trop romantique au karaoké, un slow cochon et un baiser (ou 2 ou 3, je ne suis plus sûre rendu là). Jeu, set et match pour monsieur le bartender. Je suis amoureuse. Du gars qui gagne sa vie à faire croire aux filles qu’il trippe sur elles pour faire plus d’argent. Un genre de danseuse nue, mais habillé. Il vend du rêve et moi je viens de lui en acheter une caisse pleine.

Mais tout ça, je le sais. Je n’ai pas 18 ans et j’en suis plus à la phase d’apprentissage. Nenon! Je fais volontairement le choix de m’amouracher de ce genre de gars-là. Lui, l’homme marié, le gars qui sort de prison, l’ex-toxico qui a des rechutes, mais juste des fois. Ça c’est le genre de gars qui savent jouer la game que j’aime. Celle qui fait souffrir. Ils savent comment faire juste assez mal pour qu’on en redemande, mais pas trop pour pas nous faire peur.

Et cette technique-là, mon beau barman la maîtrise parfaitement. Il me donne son numéro, me dit qu’il est un bon gars, qu’il ne fait jamais ça, mais que moi j’ai vraiment quelque chose de spécial. Il m’appelle un taxi et me promet qu’on se revoit bientôt. Il me rappelle le soir même. On jase pendant une heure de voyages et de meatballs (faut pas chercher à comprendre, il est 5h du matin). Et après… plus rien. Ghosting. Il est rentré chez lui et a probablement eu plein de remords, parce que c’est vraiment un bon gars au fond. Moi, j’aime y croire en tout cas.

C’est une histoire d’un soir banale, comme plein d’autres. Mais il m’a fait sentir tellement vivante que je vais continuer à me torturer avec ça pendant encore quelques jours, quelques semaines. Chaque fois où j’irai le stalker sur Facebook sera un coup de fouet de plus dans mon dos. Ça va faire mal, mais merde que j’aime ça. Dans le fond, moi, mon prince charmant c’est Christian Grey et à voir le succès du film, je ne suis clairement pas la seule sado-maso.

 

 

 

A.

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Source photo: Unsplash

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