ÉTATS D'ÂME STYLE DE VIE TEXTES DE K. x

Lettre à l’enseignante de mon enfant

Chère enseignante,

Tu dois tellement être heureuse et excitée par cette vibe de la rentrée que tu revis chaque année, pareil comme quand tu étais petite! Les matins plus frais, les nouveaux vêtements, une classe propre et bien décorée, sans oublier les crayons de couleurs qui fonctionnent à merveille dans tes beaux cahiers blancs. J’imagine que débuter une nouvelle année scolaire, c’est un peu comme l’arrivée du 1er janvier pour toi? Un moment marquant du calendrier, où en plus du retour à la routine, tu reprends les saines habitudes de vie nécessaires à ta bonne énergie et ta patience. Comme si tu établissais ces jours-ci tes résolutions de l’année, celles qui t’aideront à maintenir l’équilibre entre ton travail et ta famille pendant les dix prochains mois.

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C’est quand même un ajout considérable à ton quotidien que de devoir prendre en charge les 27 enfants débordant d’énergie qui se retrouvent maintenant devant toi! Je ne serais même pas surprise de savoir que tu devras mettre sur hold plusieurs de tes activités personnelles et sociales pour les prochaines semaines, voir même les prochains mois! Je ne te connais pas encore, mais je tenais tout de même à prendre un moment pour toi… pour te dire que je sais! Je n’attendrai donc pas la fin de l’année scolaire avec la tradition des messages touchants. J’assumerai plutôt mon idée de la débuter dès maintenant, avec cette lettre, question de te dire que je suis derrière toi, chère enseignante de mon enfant!

Je sais que ta journée de travail ne se termine pas au son de la cloche. Je te rassure que je vois la réalité au-delà de cette fausse croyance populaire qui idéalise tes conditions de travail et te reproche tes longues vacances annuelles! Un article que je lisais cet été faisait justement état des résultats d’une étude à ce sujet! Elle concluait qu’en 2013, les enseignants travaillaient déjà en moyenne 10.53 heures de plus que ce qui était prévu à leur entente[1]. Je ne peux qu’imaginer ce qu’il en est aujourd’hui et tout ce qui s’ajoutera à ta tâche de travail dans les chantiers sans cesse grandissants d’un système scolaire québécois déjà défaillant.

Je pense à la décrépitude des services et de l’environnement de l’élève. Au matériel qu’on te demandera d’adapter. Aux récupérations supplémentaires qu’il sera nécessaire d’accorder à ce nombre grandissant d’élèves en difficulté intégrés à ton groupe. J’ajoute tes longues soirées de rencontre… celles où ta classe accueillera plus de parents que de chaises disponibles! Mais surtout les moments non-officiels où tu te montreras disponible pour «rassurer» les plus anxieux quant à la performance de leur progéniture.

J’imagine tes réunions du personnel interminables quand la majorité féminine se plaira un peu trop aisément à échanger opinions et tranches de vie! Oufff! Et je pense bien que je pourrais continuer à t’énumérer plusieurs de ces heures supplémentaires que tu feras cette année dans le cadre de ton travail dont l’horaire est pourtant régie par des cloches…?!

Je sais que tu n’exerces pas cette profession pour l’argent. La preuve est que tu as assurément dépensé des centaines de dollars de ta poche pour que nos enfants entrent dans une classe unique, chaleureuse et stimulante aujourd’hui. C’est évident que le facteur financier ne peut pas être ta source de motivation à ce choix de carrière, puisque le simple fait de travailler plus fort ne sera jamais déterminant pour ton avancement personnel. Ceci étant dit, tu ne peux qu’être là pour ton amour des enfants et du métier. Et je suis bien contente de te dire que c’est ce que j’ai ressenti ce matin dans ton sourire et ton énergie. J’ai constaté les étoiles dans les yeux, les échanges timides, les sourires sincères… Un moment en toute authenticité avec ceux que tu appelais déjà tes élèves. C’est assurément ça qui allait faire ta paye de la journée.

Je sais que ta profession n’est pas assez valorisée. Qu’en cours de route, tu vas ressentir le manque de soutien ou de service, le système défaillant, certains parents fermés, ta direction partagée entre l’humanité et la bureaucratie. Pour le bonheur et la réussite de mon enfant, tu vas tout donner, vouloir très fort (parfois plus que lui), mais les moyens seront limités et les outils non-disponibles. De cette déception, tu pourrais avoir envie d’être encore plus parfaite, de tout prendre sur tes épaules et prouver au monde entier (et surtout à moi, parent) que tu livres la bataille au front, que tu détiens ce pouvoir de changer les choses! Et je sais que tu en es capable! Mais, je ne voudrais surtout pas que toi, excellente enseignante, tu perdes le sourire et que tu te lasses de faire ce que tu aimes à cause de moi! Je ne voudrais pas que tu ressentes une pression par ma présence ou que tu t’épuises à en faire trop pour que je sois satisfaite de toi… pour que je t’aime. Tu n’as même pas besoin de me prouver que tu es bonne, dévouée et compétente! Je le sais déjà! Je te rappelle que je suis derrière toi!

Je termine ma lettre en te souhaitant que cette année, le train de la rentrée passe tout doucement! Que tu puisses vivre ces journées dans les interactions et le moment présent, à découvrir la dynamique qui émane de ta nouvelle communauté. Que ce moment soit magique, accompagné de fous rires entre collègues, de parents reconnaissants qui collaborent et surtout, d’élèves charmants et ouverts à recevoir tout le bagage que tu t’apprêtes à leur offrir! Parce qu’au-delà de ce que tu trouves sur Pinterest, au-delà de l’influence de ton enseignement sur les résultats académiques, rappelle-toi que tu détiens ce pouvoir incroyable de marquer la vie de mon enfant à jamais!

 

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K.

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[1] Magazine Sciences Humaines, Mensuel n°254 – décembre 2013

Source photo: Mental Floss

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