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Haïti – Jours 4 à 8

Jour 4 :

Troisième matin dans ce petit coin d’Haïti. Le ciel est bleu, la végétation est verte. C’est fou à quel point le décor est magnifique ici. Les couleurs sont splendides.

De bouche à oreille, on trouve finalement un moteur (voir Haïti – Jours 2 et 3). J’aimerais dire que c’est un avantage dans le pays, l’entraide. Mais ce n’est pas toujours le cas. Aujourd’hui, nous sommes chanceux.

12h41, on débute la réparation du zodiac. On solidifie le tout, on nettoie, on le rend sécuritaire. On fait notre possible pour installer le moteur adéquatement.

17h14, on prend les rames, les gilets de sauvetage, le harpon, puis on met le bateau à l’eau. Le soleil se couchera sous peu. Alors on veut faire un tour rapide, mais… pour ceux qui connaissent les bateaux, un moteur 9 forces, ce n’est pas très rapide…!

On avance tranquillement, puis on voit des poissons. Il saute à l’eau, prend le harpon, s’installe et lance sa flèche. Ce n’est pas une blague, chaque jour ici sera une aventure, remplie de rebondissements. Sa flèche ne revient pas. La corde s’est effilochée. La flèche est perdue au fond de l’océan. La seule flèche. Ce n’est déjà pas évident à trouver en Amérique, oublions l’Haïti. La principale activité de cette île est, littéralement, tombée à l’eau. 17h58, le soleil se couche. On retourne tranquillement vers la plage. Ce soir, nous y dormirons, sous la tente que nous y avons installé.

 

Jour 5 :

Les prochains jours seront plus tranquilles, mais je vous rassure, l’action n’est pas terminée. Notre histoire ne fait que commencer.

Alors cinquième journée. Dans ce pays, aller chercher du gaz devient une aventure. 11h10, nous partons. Et comme chaque fois que nous prenons la grande route, on en profite pour faire plusieurs arrêts. La banque, des fruits au marché, remplissage des boissons alcoolisées pour le restaurant. Nous sommes assis entre deux caisses de bières, dans la boîte du truck. Il fait chaud, très chaud aujourd’hui.

Une station-service, deux stations-services, 3 stations-services… C’est introuvable ici. Les troubles politiques, les dirigeants, c’est eux qui décident quand ils ouvrent l’accès et quand ils le referment. C’est comme ça. On passe au-dessus d’un pont. Un ancien pont, je dirais. Puisqu’en dessous, il n’y a plus d’eau. Ce qui était, jadis, une rivière, est maintenant sec. Par-ci, par-là, on aperçoit des tas de poubelles, qui brûlent, et non loin de là, des enfants qui jouent dans une mini flaque d’eau que la pluie a laissée. Cette eau contaminée.

Un peu plus loin, nous trouverons finalement une station-service. Nous faisons la file, pendant 1h, 2h, je ne sais plus, j’ai arrêté de regarder le temps passer. Il fait chaud, et nous ne sommes pas priorisés, blancs. Quand finalement on arrive, nous avons le droit que de remplir le camion, pas les bidons, même si c’est pour les bateaux. Pas de revente permise, vous comprendrez.

On retourne au bercail. Cette maison, bien sécurisée par une forteresse bien solide, barrée à plusieurs cadenas. Ici, il faut se méfier des uns et des autres, même si tu les connais bien.

Malgré tout, la vue est magnifique ce soir, comme tous les soirs.

Jour 6… Il fait beau.

Jour 7… Il fait beau, nous cuisinons la langouste, fraîchement pêchée.

 

Jour 8 :

Nous recevons finalement notre moteur, réparé. Enfin.

16h29, on part découvrir la magnifique baie qui nous entoure. On s’arrête sur plusieurs plages, désertes, inaccessibles à pied ou en voiture. Nous sommes seuls au monde. C’est splendide. On continue notre navigation.

Jusqu’à date, j’avais vu la ville de Petit-Goâve sur un tout autre angle. De l’autre côté, c’est civilisé, les commerces, les banques, les stations-services. De ce côté-ci, on aperçoit le quartier pauvre, plus pauvre je dirais, et la prison. Aux dires, cette prison fait partie des pires au monde. On est peu nourris, il y a plus de prisonniers que la capacité respirable. Les animaux sont mieux traités que ces humains, dit-on.

Sur l’eau, il y a des vieux bateaux, abandonnés, qui finiront probablement au fond de la mer. Dont le Maelys Lome. Ce paquebot, qui semble accosté là depuis des années. J’ai eu beau faire mes recherches, je n’ai pas trouvé sa provenance, sa date d’arrivée. Tout ce que je sais, c’est qu’il est impressionnant. Il n’est plus en équilibre, penchant d’un côté, mais on y passe si près qu’on pourrait y toucher.

 

L’ambiance est nostalgique. C’est le silence absolu. On voit quelques adolescents jouer au soccer près de l’eau. Le soleil s’éloigne au loin. On repart. Du moins, on veut repartir. Le moteur, fraîchement réparé, ne veut pas… Il repart de peine et de misère, on avance un peu, il lâche. Le trajet de 30 minutes en prendra plus d’une heure. Il fait noir, nous naviguons avec la lampe frontale. Nous sommes partis détendus, nous revenons avec une angoisse désagréable.

Nous sommes à la moitié de notre voyage, du moins, de notre date supposée de retour. Je vous le répète, cette histoire ne fait que commencer.

 

À lire aussi:
Haïti – Jour 1
Haïti – Jours 2 et 3

 

 

R.

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Source photos: Roselyne Malo-Harel

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