Reste encore un peu maman…

Je sais que ça va arriver. Personne n’est à l’abri de la mort de sa mère, mais quand je pense à ton départ, la gorge me serre parce que je me dis que tu risques de me quitter avant ton temps. Je sais que parfois tu veux partir. Je sais que vivre avec cette grande souffrance tous les jours est sûrement pire que de traverser de l’autre côté. Être paralysée dans son corps et se lever avec cette douleur indescriptible, celle qui s’est emparée de toi il y a déjà 15 ans, ce n’est pas une vie. Même si avec les années, je me suis préparé à te dire au revoir, je ne veux pas que tu me laisses toute seule. Je ne suis pas encore prête.

J’aimerais tellement avoir les bons mots pour te faire du bien, j’aimerais tellement te dire qu’aujourd’hui tu ne marches pas parce qu’il fait froid dehors, mais que demain il va faire soleil et que tu pourras courir, mais je ne peux pas. J’aimerais tellement pouvoir te promettre que pour ton 35e anniversaire de mariage, papa et toi allez marcher les cotes méditerranéennes, mais ça non plus je ne peux pas et ça me brise en dedans. Ça me brise toute cette impuissance.

Tu sais, j’ai longtemps eu peur de te ressembler. En fait, je ne voulais pas avoir ta fougue, ta force de caractère, ton intransigeance à exiger le meilleur des autres. 32 ans et des poussières plus tard, mon Dieu que je te ressemble… j’ouvre la bouche et je t’entends. Mais tu sais quoi? Tu n’as pas idée comme j’en suis fière.

Je t’en ai voulu… je t’en ai voulu de m’avoir abandonné pour aller vivre ta douleur, je t’en ai voulu d’avoir choisi le grand trou noir plutôt que me choisir moi. En fait, mon cœur d’adolescente t’en voulait, mais mon cœur d’adulte comprend maintenant que rien de cela n’était un choix. On ne choisit pas de tomber malade. Une maman, ce n’est pas invincible, c’est vulnérable parfois. Je sais surtout que tu n’as jamais arrêté de m’aimer. La vie est capable d’envoyer les pires épreuves, mais tu m’as enseigné que rien n’est dans l’embûche, mais tout est dans la solution. Tu m’as enseigné que personne n’a de pouvoir sauf celui qu’on décide de donner et qu’il y a toujours le soleil après la pluie.  J’ouvrirais le plus gros parapluie du monde pour mettre fin à ton orage.

Je veux que tu saches que je suis remplie d’admiration quand je te regarde, quand je parle de toi. Je veux que tu saches que chaque jour j’ai envie de te raconter ma journée parce que tes mots m’apaisent et tes conseils me font grandir. Ta bonté est sans borne et te sentir toujours derrière moi et bien souvent la force qui me manque pour avancer. À chaque étoile filante, chaque 11:11, je fais le souhait que tu guérisses par ce que je veux tu restes encore longtemps. Je n’ai pas fini d’avoir besoin de toi.

 

M-M.

marie-michèle imbleau

 

 

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