Quand la violence conjugale ne laisse pas de marques visibles


ÉTATS D'ÂME, TEXTES DE L., x / mardi, novembre 21st, 2017

On s’est rencontrés dans un bar. Certes, il avait l’apparence classique du bad boy, mais il semblait si rassurant et lover à la fois. Il m’a demandé mon numéro et m’a écrit le lendemain pour qu’on se revoit. Jamais un homme n’avait pris autant d’initiative avec moi. Il m’a tout de suite intriguée. Mon ex précédent était extrêmement indépendant et très peu démonstratif de ses sentiments (que je sais pourtant qu’il ressentait envers moi). Lui, c’était tout le contraire. Il voulait que je sois auprès de lui, il était affectueux, colleux et me bombardait de compliments.

Puis, peu à peu, en un court laps de temps, tout est devenu TROP. C’était étouffant. Je ne pouvais pas sortir de mon côté; il se sentait délaissé. Je ne pouvais pas me décoller car j’avais chaud la nuit; il devenait insécure. Je tentais de lui expliquer qu’il allait s’habituer et que j’avais besoin de mon indépendance et d’une certaine liberté, mais il argumentait sans cesse lorsque je prenais le choix de vivre quelque chose de mon côté.

Quelques temps plus tard, ses argumentations sont devenues des crises, des menaces, des destructions de matériel. La moindre petite chose pouvait l’enrager à un point tel qu’il n’y avait rien que je ne pouvais faire pour le calmer. « Calmer »… le mot que je ne devais pas prononcer. Ça devenait 1000 fois pire.

Je fermais la porte de la voiture trop fort; je me faisais crier dessus en pleine épicerie. Il manquait son autobus le matin; il entrait en tornade ravageuse dans la chambre, me réveillait en criant et me menaçait et me manipulait jusqu’à ce que je me fâche et que j’accepte d’aller le reconduire. Il avait toujours à peu près le même discours :

« Cal*sse ton camp »

« Je vais me pendre, personne ne va s’en rendre compte de toute façon, je n’ai personne dans la vie »

« Si tu sacres ton camp, je ne veux plus jamais te voir la face »

« Je vais tout péter »

« Je vais frapper quelqu’un »

«J e vais mettre le feu »

« Si tu appelles la police, je vais les poignarder, les tuer… »

 

Souvent, c’était accompagné de coups dans les mûrs qui laissaient des traces ou de verres lancés à bout de bras et qui éclataient partout dans l’appartement. Il était imposant physiquement à la base, mais lorsqu’il était en colère, son regard changeait. Je savais que c’était foutu. Moi, je tentais de rester calme et je laissais passer la tempête. Qu’est-ce que je pouvais faire à part ça? Et quand il redescendait de son gros nuage noir, il pleurait, se sentait mal et s’excusait. Alors, je restais. Je restais par pitié, par compassion, par empathie.

Un week-end, je suis partie aux États-Unis avec une amie. Pour ma part, ça sentait déjà la fin à ce moment. De voir mon amie avec son copain au retour de notre roadtrip m’a ouvert les yeux. Ce n’était pas ça l’amour. Ce n’était certainement pas d’endurer tout ça pour palier à un manque chez l’autre. Je suis rentrée chez lui en revenant au Québec, puis, une bouteille de 40 oz de Téquila vide au sol, il a commencé à faire une crise parce que je l’avais laissé seul et qu’il n’avait rien ni personne. Cette fois-ci, j’ai vu rouge. J’ai commencé à lancer quelque chose à chaque fois qu’il le faisait et à crier aussi fort que lui. Il me traitait de folle… ironique! Ça s’est arrêté. Je me suis assise sur le sofa, j’ai fixé le vide une bonne minute, j’ai pris mon manteau et mes clés et j’ai quitté. C’est la dernière fois que je l’ai vu.

Ça aura duré huit mois. Huit mois de trop! Personne n’a jamais su ce que je vivais. Je m’isolais de mon entourage de plus en plus et je restais vague lorsqu’on me parlait de ma relation. Je crois que j’avais honte de me mettre volontairement dans cette situation ou que je voulais croire ça redeviendrait normal éventuellement. Ce n’est qu’après la fin de la relation que j’ai réalisé ce que je vivais réellement. La violence conjugale prend plusieurs formes et aucune d’entre elles ne devraient être tolérées! Il ne m’a jamais touchée, mais psychologiquement, j’en ai mangé des coups. Aujourd’hui, je remercie la vie de m’avoir donné assez de force pour m’en sortir seule.

 

 

L.

laura

 

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Source photo : L’Express

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