ÉTATS D'ÂME TEXTES DE M.-C.

Les bouleversements que tu as vécus

Y’a des gens pour qui c’est comme ça. Des années sans se voir, sans avoir ou donner de nouvelles. On se suit de loin ou pas, selon le cas. Puis, une bonne soirée, on se retrouve. La chimie du  moment nous replonge 30 ans plus tôt. Le passé et le présent en même temps à la même table, à manger, à boire du vin, à rire, à chanter. Comme si le temps n’avait plus d’emprise sur le moment. C’est bouleversant… Bouleversant de découvrir, au fil de la conversation, combien une personne peut nous bouleverser.

Tu es de cette race de personnes qui ont un don pour mettre en lumière les gens qui sont en avant-scène. Tu sais faire briller l’étincelle dans les yeux des autres. Tu es de ces gens qui savent comment rendre l’image de nous plus belle, plus claire, plus colorée. Tu regardes, tu analyses, tu cherches, tu sens les choses. Tu as su lire en moi, les choses que mes lèvres ne disaient pas. Ça aussi, c’est bouleversant. C’est peut-être ce 6e sens qui t’a permis de me faire assez confiance pour me livrer tes bouleversements les plus profonds.

Ta vie a été parsemée de drames. Des épreuves tellement difficiles et injustes. Oui, elle a été dure avec toi. Quand ton enfance débute si brutalement, c’est difficile d’avoir confiance en la vie à venir. C’est comme traverser les ans avec un bandeau noir sur les yeux. Pour ne plus voir, ne plus sentir, ne plus ressentir les coups de la vie, qui sait? Mais pire encore, c’est le bandeau que les autres portent qui blesse le plus. Ils ne voient pas, ne veulent pas voir. Ils ne sentent pas ta détresse, ils fuient, sans doute, les leurs aussi. Tu es fragile, mais c’est la vie. Malgré tout, tu fais ton chemin…

Tu l’as vue, la poussière. Tu as entendus les cris, les os qui se brisent sous l’attaque des ennemis. L’odeur du sang qui coule. Les débris qui s’effondrent. Les regards, juste avant que la vie ne quitte ces corps. Tu as vu la guerre, tu n’étais pourtant pas un soldat. Pendant que tout autour de toi s’écroulait, c’est ta vie qui venait de recevoir une slave de bombes. Les fragments de ce moment ont envahi ton âme, ton cœur, ta vie, à jamais et pour toujours, tu seras bouleversé.

Y’a pu grand-chose à espérer de la vie quand tu as vu tant de morts. À espérer de l’avenir quand la vie t’as montré le pire, le cruel, l’impensable, la consternation, la destruction. Quand elle t’a laissé vivre, mais qu’elle a tout tué en toi.

Vient un moment où, pour essayer d’apaiser tous ces maux, tu tais tes mots. T’aimerais tellement qu’on te comprenne, qu’on arrive à ressentir ce trou béant qui se loge en toi. Mais encore, la vie se charge de tout bouleverser. Les plans que t’avais, elle te les vole. Deux avions qui déchirent ton ciel et ta vie s’effondre encore plus. Ça fait encore plus mal quand les nôtres prennent ces avions pour un non-retour.

Quand tu reviens de la guerre, quand tu as vu le champ de bataille. Quand t’as couru parmi les morts pour ne pas mourir, c’est affreusement dur de revoir la lumière. Les gens comprennent pas les traces des combats, surtout quand tu n’as pas quitté le continent pour te battre. Quand ta guerre, elle devient intérieure.

T’as vu des édifices rasés, alors, pour te sécuriser, t’as bâti des murs, des frontières infranchissables autour de toi. Tu ne veux plus être bouleversé, alors dans ta forteresse, tu t’enfonces, bouleversé. Tu te bâtis un avenir loin de ton présent. Parce que présentement, rien n’est plus sûr, rien ne sera comme ta vie d’avant. C’est ton choix, mais presqu’un non-choix. Une question de vie ou de mort.

C’est dur de croire que le beau peut encore exister quand on a été si souvent malmené. Tes murs sont épais, mais pourtant ce soir, quand tes larmes coulaient, j’ai vu une brèche se dessiner. Ta sensibilité et ta fragilité se sont laissées voir. Ta force et ta solidité aussi. J’ai aussi décelé l’espoir.

Derrière le médiateur qui se veut rassurant, unifiant pour les siens. Derrière la personne de lumière se cache l’adulte-enfant qui veut y croire. Cette personne qui porte autour du cou une chaîne. Une chaîne frontière entre la tête et le cœur. Une chaîne où est attaché l’espoir.

Ce soir, tu étais bouleversé et ta fragilité, ta peine m’ont montré que tes mots pourtant si douloureux, étaient d’une telle beauté. Tu m’as bouleversée. Ça m’a brassée, secouée, émue.

Alors, à toi, j’aimerais tant te dire combien je t’admire et combien tu m’épates. Je voudrais que tu saches que c’était plus que de la sympathie qui m’a poussée à te bercer dans mes bras. Pendant que tu te racontais, j’y étais avec toi, dans cette enfance brisée, dans cette guerre insensée, dans cette famille qu’elle a décimée. J’y étais.

N’oublie pas, quand le piano et la basse résonnent, ils peuvent aussi nous faire chanter à l’unisson:

«I can see it in your eyes
I can see it in your smile »

– Lionel Richie.

 

 

 

M.-C.

Source photo: Unsplash

Champagne & Confetti

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