ÉTATS D'ÂME TEXTES DE M.-C.

Ma voix muette

Si j’avais à choisir un don, probablement que je choisirais celui de la parole.  C’est bizarre à dire puisque je parle.  En fait, je parle assez bien, même. Mes mots sont fluides, je n’ai même pas le trac quand je m’adresse à un grand auditoire. Je peux entretenir une discussion avec un parfait inconnu ou discuter avec des gens de la haute, comme on dit. Le problème est plus profond qu’un trouble de langage. En fait, je ne saurais comment le qualifier. Il se situe ailleurs. Entre la tête et le cœur. C’est là que ça bloque.

Il y a tant de choses qui bloquent ces paroles que j’aimerais laisser échapper de mes lèvres. Mais, ils ne passent pas de ma tête à là. Pourtant, il y a tellement de mots que j’aurais aimé dire. Tant d’idées, de sentiments, de questions, de réponses qui sont restés murés dans le silence.

D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours transposé ces sons muets en lettres cursives ou attachées. Mes tablettes sont remplies de carnets aphones, mais dans lesquels résonnent l’écho muet de mots forts et puissants.

Dire, exprimer, parler, implique nécessairement d’avoir le courage d’énoncer ce qui nous touche, nous bouleverse, nous blesse ou ce que l’on désire vraiment. Les paroles, une fois qu’elles ont franchi les lèvres, ne se rattrapent plus. Ce qui est dit reste dit. Dans l’urgence du moment parlé, on a pas le loisir de prendre le temps de bien choisir les mots; les bons mots. La langue française compterait plus ou moins 60 000 mots. Alors, il devient évident que chacun a un sens propre, il a un poids, une valeur et une portée qui lui appartient. Donc, un choix judicieux s’impose. Et je n’ai pas ce courage. Quand j’y pense, tous ces mots que je n’ai jamais dits, je me trouve plutôt peureuse. Pourtant, ça aurait pu rimer avec peu pour être heureuse.

Mes cahiers sont remplis de tant de choses. Ils me racontent, ils se racontent; pourtant, personne ne les lira jamais. Tous ces mots écrits en couleur comme pour illustrer les intonations de déploiement de la voix. Dans l’intimité, peu de mots réussissent à exprimer ce que je pense, ou ressens vraiment. J’observe, j’écoute, j’analyse, je décortique, je réfléchis. Si les yeux sont le langage de l’âme, c’est là qu’il faut chercher. Il y a tant de choses que j’aimerais exprimer, mais j’ai peur. Peur des réactions qu’ils pourraient déclencher. Peur que les oreilles devant moi ne puissent les recevoir. Ça a toujours été comme ça!

Souvent, ce sont des mots simples qui peut-être n’auraient pas tant de répercussions. «Oui!», «Non!», «Je veux», «Je ne veux pas».  «J’aimerais», «Je souhaite», «Ça me tente… ou pas». J’ai des rêves, des espoirs, des peurs et des angoisses. Mais également des choses qui sont profondes, qui sont vitales pour moi.

Peut-être que c’est cette peur d’être encore brisée qui me tient. Car les rares fois où j’ai eu le courage de laisser parler mon cœur par le biais de mes lèvres, j’ai perdu bien plus que des mots. Alors quand bien même mon cœur me réclame à grands battements que je dise enfin et à nouveau tous ces mots qui me manquent, je me contenterai de l’écrire dans mes cahiers. Ce ne sera pas au son de ma voix qu’ils résonneront, mais sous l’encre de mes plumes qu’ils prendront leur envol. Car écrire, c’est à la fois rire et pleurer en silence. C’est trouver le courage de dire sans parler… mais pas de parler sans rien dire. Écrire, c’est le moyen le plus sûr pour moi d’exprimer ce que je n’ai pas le courage de laisser s’entendre.

 

 

 

M.-C.

Source photo: Unsplash

Champagne & Confetti

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