ÉTATS D'ÂME TEXTES DE M.-C. x

Maudits sauvages!

Ok, je te le dis tout de suite, si tu es du genre à ce que les oreilles te frisent quand tu entends des choses qui te dérangent, tu risques d’avoir les yeux qui saignent en lisant la suite. À toi de voir. Un averti en vaut deux. C’est un sujet fragile… dans tous les sens du mot.

En fait, je sais pas par quel bout prendre tout ça! Dire que je suis choquée, déçue, enragée, complètement outrée? Je crois que c’est plus que ça!! Je vais y aller en vrac, je pense. Parce que je sais pas dans quel ordre parler de ce sujet. Par où commencer.

Je viens d’une famille catholique. J’ai fait reçu tous mes sacrements. J’allais à la messe, je lisais la «Parole». À l’école, à mon époque, on avait des cours de religion. Pour les pus vieux, rappelez-vous de nos cahiers bleu de catéchèse. À ma première journée d’école, c’est la sœur directrice qui nous accueillait. Ses premiers mots sont encore gravés dans ma mémoire. Au moment de sonner la cloche pour qu’on se mette en rang, elle avait dit: «Ceux qui parlent, je leur coupe la langue et je la mets dans la vinaigre!». PEUR… EFFROI… Ça, c’était au Couvent (maternelle-3e année).

Par la suite, on transférait au Collège (4e à 6e année). Là aussi, il y avait une sœur qui nous enseignait l’anglais. À toute les fois que nous entrions dans sa classe, on devait dire : «What a lovely day, Sister Mary!». Si on était très sages, elle nous récompensait avec des morceaux de prélart ou de tapisserie (pris dans des catalogues d’échantillons). Mais si – oh! malheur – on n’était pas dans ses «bonnes grâces», on copiait et copiait les versets de la Bible… Au secondaire, il y avait aussi Sœur Jeanne, une dame un peu plus frêle, qui perdait le contrôle rapidement devant un troupeau d’adolescents… on finissait inlassablement dans le corridor.

Quand on était jeunes, on jouait aux cow-boys et aux indiens. Mieux valait être dans la gang des cow-boys qu’être dans celle des Indiens… Les chapeaux étaient bien plus hot que les plumes, sans parler des carabines versus les arcs et les flèches (archaïques)… Dans nos cours d’histoire, on nous racontait que ce sont les Français qui ont découvert le Nouveau Monde. Que grâce à leurs exploits, nous vivons ici dans la Nouvelle-France, en rois et maîtres. Les tribus qui étaient ici, n’étaient que de pauvres gens qui scalpaient les missionnaires venus répandre la bonne nouvelle. Une gang de Peaux Rouges, presque barbares, avec des habitudes de vie tellement loin de la bourgeoisie ou encore des principes de l’Église. C’est ça qu’on apprenait.

Je ne suis plus une enfant. Je n’ai plus peur de finir la langue dans le vinaigre, ou de copier la Bible. J’ai appris à penser par moi-même et à voir et comprendre ce qui se passe ici et ailleurs. Je suis capable de discernement et j’ai, en général, un bon jugement. J’ai arrêté de croire en ce que l’Église catholique nous enseignait, il y a déjà des années. Mais j’ai aussi cessé de croire à ce que nos manuels scolaires nous enseignaient. L’histoire, c’est comme les chiffres, on peut leur faire dire ce qu’on veut.

J’ai mal à mon Canada (qui, soit dit en passant, vient d’un mot huron et iroquois qui signifie «village»). J’ai mal à la religion, qui m’a fait croire en la grandeur et en l’amour éternels du BON Dieu. «Laissez venir à moi les petits enfants». Mais j’ai encore plus mal à mes voisins des Premières Nations. Ce qu’ils ont vécu est horrible, sans mot assez fort pour décrire plus que l’horreur. Les médias nous rapportent la mort de 215 enfants, dont certains étaient âgés de 3 ans. TROIS ANS…

Pas assez d’avoir pris leurs terres, d’avoir détruit leurs racines, de les avoir «parkés» dans des réserves (comme on «parke» du bétail dans le clos), non pas assez… On a enlevé leurs enfants. On les a dénaturés, on leur a enlevé leur langue, leurs racines, leur vie et maintenant, on apprend (on n’y croyait pas vraiment, c’était juste des Indiens qui lançaient des cris de détresse) que l’Église a fait une «purge, un génocide». Quand j’ai commencé à écrire ce texte, on apprenait qu’il y avait 215 petits qui étaient enterrés, sans même qu’on puisse les identifier, sans même que leur famille ait pu savoir que leurs enfants n’étaient plus. Et le pire encore, c’est qu’on sait maintenant (parce que là, c’est du concret) que plus de 700 autres tombes ont été découvertes, et que ça risque de ne pas s’arrêter là. Quelles atrocités risquent d’être dévoilées, encore?

Ce qui me hante la tête depuis cette annonce, c’est: pourquoi? Pourquoi des hommes et des femmes qui sont supposés être des modèles de bonté et de générosité ont pu faire de telles choses? Ceux même qui nous répétaient: «Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font».  Comment, nous, un peuple sensé être évolué, avons-nous pu fermer les yeux (y a pas pire aveugle que celui qui veut pas voir)?

Alors, ma question est la suivante: Qui sont les maudits sauvages qui ont laissé de telles choses arriver? Plus le temps passe, plus je me dis que ceux qu’on appelait, y a pas longtemps encore, des Indiens, mais qu’on nomme maintenant des gens des Premières Nations, à juste titre, auraient maintenant tout ce qu’il faut pour NOUS appeler les maudits sauvages!

 

 

M.-C.

Source photo: Unsplash

Champagne & Confetti

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