C’est plus facile être un homme…

J’avais à peine dix ans et j’avais déjà compris qu’être une femme, c’est tellement plus compliqué que d’être un homme. Ça ne prend pas la tête d’un grand scientifique pour le comprendre dès le primaire. Dans notre petit gymnase, les garçons étaient toujours les chefs d’équipe et les filles étaient presque toujours choisies en dernier, sauf LA fille qui sort du lot parce qu’elle est populaire et beaucoup trop bonne dans les sports. Je me souviens que je voulais faire de la boxe. Je n’en ai jamais fait. Ce n’est pas pour les filles faire ça. Une fille, ça ne se bat pas. C’est gracieux.

Après, c’était à mon premier emploi. Mon chum de l’époque gagnait plus d’argent de l’heure que moi, alors que j’avais plus de responsabilités à faire. Lui, superviseur des pièces et outils, moi superviseure des caisses et du service à la clientèle. Lui, trois employés à gérer, moi vingt. Selon lui, c’était normal. C’était un homme. Je ne devais pas gagner plus d’argent que lui, même si c’est un emploi d’étudiante. Il m’a dit tout cela, il y a moins de dix ans. Vers 2009. Pas il y a trois siècles.

Il y a aussi eu ces hommes qui ne voulaient pas se faire servir par une femme ou se faire dire quoi faire par une femme à un nouveau travail à Montréal. Une jeune femme ne peut pas dire à un homme qu’il n’aura pas de remboursement parce qu’il n’a pas conservé sa facture. Elle ne peut pas non plus diriger des gens. Un homme, oui.

Il y a eu ces soirs de partys universitaires où il y avait un pari pour savoir qui allait réussir à m’avoir dans son lit. Une compétition de gars, à laquelle je ne voulais pas jouer. C’est là que j’ai compris que je ne pouvais pas avoir totalement confiance, même en mes amis de gars, parce que leur queue les dirige. Que c’est de ma faute cette attention, parce que j’ai osé porter une robe cette soirée-là. Ou qu’à un party de travail, quelques années plus tard, quand on n’avait pas compris que non ne voulait pas dire oui, je me suis rendu compte que c’est plus facile être un homme.

Que peu importe ce que j’allais faire, il allait être priorisé. Que je devrais travailler quatre fois plus fort pour avoir la même distinction que lui. Qu’en plus de ça, si je devais chuter, déprimer, j’allais en manger toute une, parce que je serais considérée faible, alors que mon compatriote masculin se ferait dire qu’il a trop travaillé, qu’il se sépare, alors que c’est normal qu’il fasse une dépression, mais pas moi.

Malgré tout cela, ce qui me rassure, c’est que de plus en plus de gens évoluent dans leurs pensées. Oui, il y a des hommes et des femmes qui crient haut et fort que nous sommes tous pareils, égaux. Comme ces hommes qui prennent le congé de paternité, alors que leur conjointe va travailler. Il y a plus d’égalité. Les mentalités changent pour le mieux, dans notre petit coin de pays. Peut-être que je me plains le ventre plein, mais il y a encore beaucoup d’éléments qui restent à changer. Ici, ça va de mieux en mieux. Ailleurs, ce n’est pas fort. C’est triste que des enfants comprennent qu’être un homme, c’est un meilleur avenir qui t’est assuré.

V.

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