Être la mère de sa mère


ÉTATS D'ÂME, x / vendredi, janvier 13th, 2017

J’ai peur d’avoir une fille. Voilà, c’est dit.

Peur d’avoir avec elle une relation aussi dysfonctionnelle que celle que j’ai depuis l’enfance, avec ma mère à moi. Peur de reproduire ce pattern de marde-là. Parce qu’avant moi, il y a eu ma mère et ma grand-mère.

Il est temps de briser ce cycle de femmes brisées-là. De femmes pas capables de bien s’aimer entre elles. De femmes qui s’en veulent. Qui s’isolent. De femmes qui se jalousent. Qui se font violence en silence.

J’ai peur de lui faire du mal à ma toute petite fille. Si elle réussit là où j’échoue.  Si elle est belle là où je suis laide.  Si elle réalise des rêves auxquels moi, j’ai même pas eu le courage de rêver.

J’ai peur de lui transmettre mon gêne de fille, qui est la maman de sa maman. De fille, qui s’inquiète pour sa mère comme si elle était une enfant. De fille, qui s’arrête encore pour pas faire de peine à maman.  Pour pas faire de l’ombre à maman.

J’ai peur de mal l’aimer. De voir en elle tout ce que moi, je n’aurai jamais été. Pire encore, j’ai peur qu’elle me ressemble. Qu’elle soit fragile. Dans sa tête et dans son cœur. Qu’elle hérite de ma féminité brisée. Ça me fait peur la possibilité d’avoir une fille. D’être un mauvais exemple de femme pour elle.

Je ne voudrais pas qu’elle grandisse en ayant comme modèle une maman qui n’aime rien de ce que le miroir lui reflète.  D’une maman qui trouve donc que les autres femmes sont tout le temps plus belles. Plus drôles. Plus toutes.

Je me sens pas équipée pour élever une fille. On m’a pas enseigné comment devenir une femme forte. Je me débats tous les jours pour essayer de le devenir. Pour essayer de gagner mes écussons.

J’ai peur qu’elle découvre un jour que je suis faible en dessous de mon armure. Que les belles théories que j’aurai tenté de lui enseigner, j’y croyais pas tellement au fond.

Tout d’un coup que le meilleur de moi, ce serait pas assez pour lui permettre de développer sa pleine capacité.

Sûrement qu’avec une autre maman que moi, elle grandirait plus droite. Plus en santé. Ça prend une femme forte pour en élever une autre. Dans la famille, c’est pas notre force.

Alors, petite boule d’amour qui grandit dans mon ventre, sache que tu es déjà toute ma vie. J’ai une peur immense de découvrir qui tu es. La seule chose que je peux te promettre, c’est de te donner le meilleur de moi. Tous les jours. En espérant que ce soit juste assez.

Je peux te promettre qu’on va grandir ensemble. Et que jamais je n’accepterai que tu te sentes responsable de moi, de mon bonheur ou de mon bien-être. Je vais m’assurer que tu vives ta vie de petite fille et que jamais tu ne deviennes, la mère de ta mère.

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Une réponse à « Être la mère de sa mère »

  1. Très joli texte. Vous traduisez ce que je sens poindre en moi aussi : la peur d’avoir une famille et de reproduire le schéma familial. S’en doute qu’en avoir conscience aide….

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