Jetez-moi la première pierre. Je n’ai jamais dénoncé…


ÉTATS D'ÂME, x / lundi, janvier 30th, 2017

À la fin des tournages, il y a toujours un party pour se réunir une dernière fois et célébrer notre gros travail. Puis, il y a eu ce dernier party, il y a déjà quelques mois. Cette soirée où j’ai flirté, par manque d’amour. Juste pour voir si je pouvais encore plaire, comme fille qui n’était pas capable d’entrer en relation stable.

Pis, il y a eu ce moment où il quittait, je quittais aussi et qu’on s’est ramassés dans le même local à s’embrasser. Comme ça, sans penser à plus. J’en avais aucune envie. Mon envie de plaire était comblée. Ce moment en flottement où tu ne veux pas aller plus loin, mais que tu ne réagis pas sur le coup. Ça déclique pis tu lâches un gros « non » en repoussant poliment la personne.

Ce moment où t’avais déjà rattaché tes pantalons pour partir, mais que lui n’en avait pas terminé. Alors, il continue de faire ses affaires, comme un homme bien satisfait, même si la personne ne veut pas être là, qu’elle se débat pis qu’elle crie « non ».

Et là, dans cette pièce voisine, une bouteille d’alcool éclate. Une autre personne vous découvre et interprète à sa manière la situation. Toi, t’as peur, faque tu fais semblant que tout va bien. Tu caches ça dans le plus profond de ta mémoire en te disant que tu l’avais cherché. Comme une slut.

Quelques mois, puis, c’est la folie des dénonciations sur Internet suite aux manifestations des cas d’agression à l’université de Laval. J’ai vu alors plusieurs textes de collègues de travail qui avait vécu la même chose. Une pilule du viol par ci. Des attouchements par-là. Elles n’ont jamais parlé de ces événements parce qu’elles s’en voulaient d’avoir eu du plaisir lors d’une soirée qui est censée être amusement et allégresse. Que même, malgré un flirt ridicule, c’est si simple de comprendre que lorsqu’il y a un non, il n’y a plus de fun. Ni de awaille, come on. Tu le veux toi aussi.

Quand j’ai eu des menaces de vie misérable de la part de son ex (ça a bien l’air qu’il était en couple), j’ai failli faire une plainte à la police, pour en finir avec ce mauvais souvenir qui me gâchait tous mes rassemblements. Parce que j’avais des craintes. Et qu’aussi, que ce geste qui a été commis sur moi ne soit pas plus grave sur une autre. Parce que non, je ne me suis pas fait violer dans une ruelle sombre pis défoncée. Je me suis ramassée dans un party, les mains liées, les culottes à terre, avec ses doigts en moi, sans le vouloir.

Malgré tout ça, j’ai rien dit. Parce que les démarches sont trop laborieuses et qu’avec la manière dont les femmes sont traitées par la suite, je ne peux pas dire que c’est très inspirant. «T’es certaine que tu as dit non ?» «Ouin, mais tu avais quand même flirté…» «Oh, t’avais un chandail crop top pis des jeans lousses troués…» «Ouin, mais tu l’as embrassé…»

Jetez-moi la première pierre. Je n’ai jamais dénoncé mon agression.  J’en ai parlé, un soir, à ma maman et ma petite sœur, pour expliquer à cette fillette ce qu’est le consentement. Je l’écris sur le blogue, après beaucoup de temps de réflexion à savoir si je devais me cacher ou pas. Ce que je ne fais plus. J’en parle parce que je crois qu’avec la masse, on peut changer des choses et éduquer les gens.

Mais malheureusement, malgré tout cela, je suis une femme de plus dans les statistiques.

V.

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