Aimer, mais à quel prix?


ÉTATS D'ÂME, DÉVELOPPEMENT, Personnel, TEXTES DE A., x / jeudi, novembre 8th, 2018

Votre relation battait de l’aile depuis quelques temps déjà. Quelques années en fait, que la violence s’était subtilement installée entre vous deux. Au début, c’était des regards, des paroles, des cris, mais c’est vite devenu des gestes. Des trous dans les murs, des menaces, des poings dans les airs prêts à frapper, mais qui ne servent qu’à intimider l’autre. Ça t’a pris 4 ans avant d’avoir le courage de t’en aller. Et tu n’es même pas partie pour ça. Parce qu’à l’époque, tu te mettais encore la tête dans le sable face à toute cette violence. Anyway, tu n’es pas une victime, toi. Mais un jour, tu as compris. Il a fallu qu’il se rende jusque là, mais tu jures que là, tu as enfin compris l’ampleur du problème.

Ce soir-là, il est entré chez toi par effraction. Il a défoncé ta porte patio alors que tu lui refusais l’accès à ton intimité. Il a sali ton nouveau havre de paix. Il a éclaté une chaise, il t’a brisée en mille morceaux, tout ça sous le regard de tes enfants. Pourtant, le lendemain matin, c’est toi qui te sentais sale, honteuse et coupable.

Ce matin-là, tu as dit non, tu as décidé que c’était assez. Tu as mis fin à ce cycle de violence. Après toutes ces années à penser que tu l’avais cherché, que c’était de ta faute et que tu avais mérité cette violence, on t’a fait comprendre que non, que tu n’avais pas à accepter tout ça. Que tu avais des droits et que tu pouvais te défendre.

Tu as porté plainte à la police. Tu l’as fait pour toutes celles qui ne l’ont pas fait et qui en ont perdu la vie. Tu l’as fait parce que tu avais peur d’être la prochaine. Tu avais peur de lui. À ce moment-là, tu as fait le choix le plus difficile que tu aies eu à faire. Mais il fallait que ça cesse. C’était quoi la prochaine étape? Jusqu’où il pouvait aller dans sa colère?

Quand le policier t’a expliqué le cycle de la violence, tu as allumé. Il te parlait comme à une femme battue. Fu*k! Tu es une victime de violence conjugale et tes enfants le sont aussi. Tu connaissais sa prochaine phrase et tu te dégoûtais de ne pas avoir porté plainte dès le début. Comme la fille dans l’émission à qui on crie de porter plainte parce qu’on sait qu’elle ne finit pas l’épisode en vie. Tu étais bien partie pour être cette fille-là. Mais tu as dit «non». Tu as dit «c’est assez».

Tu ne penses pas qu’il est un être horrible ou quoi que ce soit, mais il est malade et il a besoin d’aide. Tu n’as pas pu la lui apporter, mais tu espères qu’il la trouvera un jour.

Ton histoire est la même que plein d’autres. Pas mieux, pas pire. On est des milliers à le vivre en silence. Des fois, c’est évident, des fois, personne ne s’en rend compte. L’important, c’est de mettre un stop à tout ça. C’est de dire «non» et surtout de comprendre que personne n’a le droit de nous traiter ainsi. Même si on a crié, même si on est chiante, même si on a démarré la dispute. Personne n’a le droit de lever la main sur nous. Personne. Et ça, même si on l’aime du plus profond de notre cœur.

 

 

 

 

A.

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Source photo: Unsplash

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