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Dans la peau d’une intervenante en toxicomanie

Je sais, nous approchons Noël, et moi je décide de vous parler d’un sujet qui n’a rien à voir avec le temps des fêtes. Par contre, en cette période, je tiens à mettre de l’avant les anges qui décident de se lever à tous les matins et qui passent des nuits pour s’occuper des gens dans le besoin. Non, je ne parle pas de pauvreté ici, ni des professionnels de première ligne – ce sera surement un autre sujet d’article éventuellement. Mais aujourd’hui, je voudrais vous écrire par rapport à chaque intervenant qui s’occupe de femmes, d’hommes et d’ados qui ont malheureusement dévié à un moment de leur vie et ont décidé de demander de l’aide.

Je vais aujourd’hui vous présenter une personne qui m’est très spéciale, ma meilleure amie, ainsi que ce qu’elle et ses collègues vivent à chaque jour.

Elle travaille dans une résidence que nous appellerons ici X. Oui, une résidence; les clients y dorment, parce qu’ils ont besoin d’aide en tout temps… Cependant, ce n’est pas toutes les personnes ayant une dépendance qui ont la chance de pouvoir être aidés. Les ressources manquent au privé et au semi-privé et il n’y a pas assez de place dans les centres publics pour tous ceux qui en ont besoin.

Aujourd’hui, je vous écris non pas pour pointer quiconque, mais plutôt pour féliciter et encourager les professionnels qui décident de venir en aide et aident à se remettre sur pied, les personnes souffrant de toxicomanie. Peut-être le saviez-vous déjà, mais un toxicomane n’est pas nécessairement une personne dépendante aux drogues uniquement, mais aussi au sexe et à la violence, quelle que soit la forme.

C’est difficile d’être dans la peau d’une intervenante, aucune journée ne ressemble à la précédente, et à chaque jour, il y a un choc différent; rares sont les jours tranquilles. Il faut vraiment aimer ce métier pour pouvoir l’exercer.

Nere est une jeune femme fin vingtaine, épanouie dans la vie, entourée de ses parents, son mari et beaucoup d’amis qui l’apprécient. Elle a une très forte personnalité. Lorsque je lui ai demandé de m’expliquer comment c’était une journée dans la peau d’une intervenante en toxicomanie, son explication a duré une bonne demi-heure… En tant que personne neutre, ne connaissant pas ce monde, tout ce que j’ai réussis à lui dire, c’est: «Wow, je ne sais pas comment tu fais!»…

Tu as beau être fort psychologiquement, à un moment, tu vas break down, pas le choix. Chaque jour est une aventure. Les crises et les fugues sont une réalité dans les résidences. D’autres vont briser la loi et iront dans les toilettes s’en fumer une, par exemple… Et cela peut même aller jusqu’à l’agressivité et la violence envers les intervenants ou dans la communauté même (Communauté, dans ce contexte, désigne tous les résidents).

Dans la résidence, il y a ce qu’ils appellent les trois points cardinaux:

1. Pas de Sexe

2. Pas de drogue

3. Pas de violence quelconque

Malheureusement, transgresser l’un de ces points mènent à l’expulsion. Mais ces personnes souffrent – ce n’est pas qu’ils veulent agir d’une telle manière, c’est plus fort qu’eux. Le point que ces gens ont tous en commun est que tous font l’effort de s’en sortir et sont entourés par des professionnels qui sont présents pour eux.

Nere m’a dit: «Tu sais, malgré tous les hauts et les bas, je les aime, avec le temps on s’habitue à eux, et ils deviennent une deuxième famille pour nous. On passe tellement de temps avec eux et crois-le ou pas, ils nous font aussi du bien. Ce sont des êtres qui veulent s’en sortir et font de réels efforts. Mais quand un évènement drama se produit, ça me fait mal à l’intérieur, je me sens insultée, et c’est normal, c’est humain! Souvent, j’essaie de séparer travail et vie personnelle , mais j’ai beau agir en psychologue de toxicomanie et dépendance, à certains moments, moi-même j’ai besoin de quelqu’un à qui évacuer et raconter ma journée. Mon mari est là pour moi pour ça et je lui en suis reconnaissante. Mais tu sais, malgré tout, je ne peux pas leur en vouloir.».

Elle ne peut pas montrer sa faiblesse devant eux, puisqu’elle est une personne d’autorité, ce ne serait pas professionnel. C’est difficile de pas s’effondrer… Chaque situation brise le cœur plus que la précédente et peu importe combien elle essaie de déconnecter, elle ne l’est pas totalement.

Je vous avoue, j’étais émue de voir la manière dont elle me parlait de ses résidents, on aurait dit ses propre enfants, bien que certains sont plus vieux qu’elle.

Je lui ai demandé comment elle faisait pour que chaque histoire ne l’affecte pas indéfiniment. Elle m’a répondu qu’à ses débuts, ça a été très difficile, elle pleurait souvent, elle se sentait blessée et à bout. Mais plus le temps avance, plus elle s’habitue et comprend comment gérer les situations de crise; c’est l’expérience.

Je pourrais continuer à raconter les 5 pages de notes que j’ai prises lorsque je lui ai demandé de me parler de sa job… mais mon texte s’étalerait sur 10 pages.

Tout ce que j’aimerais vous dire par contre, c’est que si vous connaissez des personnes qui ont besoin d’aide, encouragez-les à aller vers les personnes ressources, les professionnels sont là pour eux.

Nere, je suis fière de toi et ce que tu apportes à la communauté. Et bravo à chaque intervenant(e).

 

 

C.S.

Source photo: Unsplash 

Champagne & Confetti

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