ÉTATS D'ÂME TEXTES DE J. x

À l’ado que j’ai été

Récemment, un ami nous a partagé un trésor épique: il retravaille des photos qui ont été prises il y a longtemps, pendant notre adolescence, bien avant les cellulaires. Je ne me souvenais pas à quel point il était paparazzi au point où on ne le voyait même plus, bien avant l’heure des selfies et autres photos léchées qui défilent sur nos réseaux sociaux. Il documentait nos vies au moment où ce n’était pas encore chose courante, furtivement.

Des images d’un party typique, des moments de notre vie d’étudiants. Je suis tombée sur cette photo où on me voit, dans toute ma splendeur adolescente, probablement devant mon casier, à ranger on ne sait quoi, avec mon air exaspéré si caractéristique de l’époque.

Mon visage est rond et juvénile, mes joues rougies parce qu’on arrive possiblement de notre marche matinale pour se rendre à la polyvalente, puisque je suis accroupie et semble vider mon sac. Mes cheveux sont épais et indomptés. Mes sourcils aussi (presque). Il existe aussi de cette époque un autre portrait de moi où je semble rêvasser, en noir et blanc.

La fille que je vois sur les photos qui se trouvait moche, cachée dans ses gros cheveux, sous son ample froc de cuir, avec ses jeans troués et ses chemises à carreaux oversize ne connaissait pas sa chance.

Sur d’autres images, on nous voit dans une soirée mémorable (ça dépend pour qui). Il y a là des amis qui ont bien vieilli, d’autres moins. Certains ne sont plus là aujourd’hui, soit parce que la vie les a mis sur d’autres chemins.

Je suis là, assise sur la dalle devant le manteau du foyer dans la maison de mon meilleur ami. Je suis installée à côté d’un gars que je trouvais tellement beau à l’époque et qui m’intimidait beaucoup. Je ne regarde pas l’objectif et je sais, par ma posture, que je suis gênée. Lui, il regarde devant avec aplomb, avec son demi-sourire ravageur. Avec le temps, je l’ai connu autrement et je cherche vraiment en quoi il était si impressionnant, finalement. Je n’avais pas de béguin pour lui, mais sa prestance me paralysait. Je me trouvais bien chanceuse de le connaître, comme une groupie une peu naïve.

Sur le cliché suivant, je suis assise à côté d’une de mes amies que je trouvais tellement belle, tellement mince, tellement drôle. J’avais toujours l’impression, même dans sa famille, que tout était plus grand que nature. Sa maison, ses frères, ses goûts, ses habitudes. Tout brillait chez elle, surtout elle. Quand on nous prenait pour des sœurs, je me sentais vraiment spéciale! J’ai encore ce sentiment quand je la croise aujourd’hui. Comme une admiration mêlée d’un besoin de validation.

J’essayais d’être. J’expérimentais, je développais mes goûts pour tout: musique, arts et garçons. Je vivais pour mes amis. J’aimais les relations compliquées et surtout inavouées, que je collectionnais à cette époque, tout comme les citations d’auteurs et les bouts de chansons qui étaient pour moi des révélations.

Ces photos m’ont rendue positivement nostalgique.

Ça a senti le henné tout d’un coup, le soleil de l’été et la discographie de Bob Marley écoutée en boucle. Dans mon souvenir, mes yeux se sont écarquillés sur le ciel rempli de Perséides, quand on veillait dehors l’été dans les maisons où les parents partaient en vacances à tour de rôle.

Ça a senti les aspirations du moment, les chemises de friperie, les bottines de surplus. Le premier vrai amour qui déchire, les premières vraies pulsions de tout, dans tout, pour tout, contre tout. Les tests, les refus, les limites franchies, l’audace de tout ce qui est possible.

J’examine mes traits de poupée qui se trouvait si beige. Je regarde ces visages, ces coupes de cheveux, ces petits mentons à peine recouverts de barbe, ces yeux rougis. Jamais assez de motifs, dans ce temps-là. Les fleurs côtoyaient le tartan sur fond de denim. Cette capsule temporelle est attendrissante.

À travers nous, je vois aussi mon fils qui entre dans l’adolescence à plein régime. Je le sens déjà chercher son style, expérimenter, se comparer. Je l’envie d’avoir cette confiance que je n’avais pas tant, cette désinvolture qui me manquait, trop consciente et terrorisée par le regard de l’autre pour m’en foutre.

Si je pouvais retourner dans le temps, je me dirais d’être plus douce avec moi-même. De foncer, d’expérimenter, de ne pas avoir peur de me tromper…

Que les regrets font plus mal quand on regarde dans le rétroviseur que quand on a l’impression de ne pas faire le bon choix… Que je vais vivre encore plusieurs amours complexes, plusieurs relations tordues avant de tomber sur la bonne personne. Que mon cercle d’amis va évoluer, mais que les piliers vont rester là. Que je vais étudier beaucoup, me lasser d’aller à l’école à force d’essayer. M’entêter dans un milieu de travail pour me rendre compte que c’est mieux de revenir à l’essentiel.

Et ma chance, dans tout ça, c’est d’avoir encore plusieurs de ces amis-là dans ma vie après toutes ces années. Des amitiés gars-filles, des amitiés fortes auxquelles se sont greffés des conjoints, des enfants, des nouveaux lieux et de nouvelles personnes.

Évidemment, en regardant ces photos, ils me manquent encore plus.

Depuis, je raconte à mon fils à quel point les souvenirs sont importants et salvateurs. Je lui souhaite un ami qui documente tout. Mieux encore, ça pourrait être lui!

 

 

J.

Source photo: M. Lafleur

Champagne & Confetti

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