La violence des mots

Secondaire 2

Je m’en souviendrai toute ma vie. Les filles avaient décidé que c’était à mon tour de passer dans le blender. Pourquoi?! Je ne m’en souviens pas, certainement une raison futile dans le genre : tu parles plus à elle qu’à moi ou quelque chose d’aussi stupide et sans importance que ça. Je ne me souviens plus de la raison, mais je me souviens que ce matin-là, j’avais un nœud dans la gorge; je suis arrivée 1 minute seulement avant que la cloche sonne, parce que je ne voulais pas être toute seule dans la cour d’école. J’avais les épaules par en avant et si j’avais pu rentrer dans le plancher, je l’aurais fait. C’était désagréable, j’étais tellement inconfortable, mais ça se tolérait.

Pis à la première pause de l’avant-midi, le tolérable s’est transformé en cauchemar. J’ai ouvert mon casier : On y avait mis des lettres haineuses et une pomme pourrie. Question de rendre cela encore pire, on me regardait vivre tout ça. J’ai commencé à lire une lettre :

« T’es une criss de bitch… retourne brailler dans les jupes de ta mère, on ne veut plus te voir icitte ».

C’est la seule phrase que j’ai lu… mais cette phrase est restée gravée à jamais dans mon esprit.

 

Secondaire 5

Pour moi, c’était important d’attendre le bon gars avant de perdre ma virginité. J’ai fricoté avec quelques gars et eu quelques amourettes, mais rien qui me donnait envie d’aller à la 3e base, tu comprends !? Une amie proche m’a alors dit :

« Ben t’sais, ce n’est pas normal que tu n’aies pas envie, t’es peut-être lesbienne ou complètement pas normale! »

 

Mi-vingtaine

J’avais pris beaucoup de poids, alors j’avais décidé de me reprendre en main. Je parle de mon plan alimentaire, de mon plan de match et de mes objectifs corporels.

« T’es motivée en es*i… en tout cas, moi des filles qui ont l’air de ça, je trouve ça laid en maudit! »

Mon objectif était « laid ».

 

Ces phrases-là, elles venaient de personnes qui étaient proches de moi. Ces phrases-là, elles n’ont pas fait de cicatrises visibles sur mon corps. Je n’ai pas reçu de coup de poing au ventre au sens propre. Mais ces phrases-là, elles m’ont fait mal en-dedans plus que jamais. J’ai eu tellement de difficulté à faire confiance, j’ai eu tellement de difficulté à m’accepter, j’ai remis en question tellement de choses. Ça m’a changée.

En ce mois de sensibilisation contre la violence conjugale et durant la campagne des 12 jours d’action contre les violences envers les femmes, je me sens tout de même interpellée par le sujet, parce que toute forme de violence, qu’elle soit physique ou psychologique, laisse des séquelles permanentes.

La violence des mots…

La violence physique cause des blessures pouvant causer la mort.

L’intimidation et la violence verbale peuvent mener au suicide.

Ta blonde ou ton chum t’a mis en colère?! Va prendre l’air, prends le temps de réfléchir et d’absorber ce qui vient de se passer. Prends le temps de mettre de l’ordre dans ta tête, dans tes pensées. Ne rentre pas chez toi tant et aussi longtemps que tu n’as pas « dépompé ». Parce que ce que tu vas dire après, ça peut marquer de manière permanente l’autre personne.

Parce qu’une cicatrice, qu’elle soit en-dedans où en-dehors, c’est signe que ça a fait mal.

 

 

MB.

Marjorie

 

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Source photo : Unsplash

 

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