ÉTATS D'ÂME DÉVELOPPEMENT Personnel x

Coupable d’être une victime

À 16 ans, je vivais ma première vraie relation amoureuse, à cet âge-là, tu apprends plein de choses, autant sur toi que sur les autres. Tu apprends à faire confiance, à te faire confiance, tu découvres tant bien que mal comment gérer tes émotions, tu ne peux pas vraiment encore faire la différence entre le bien et le mal, ce que tu acceptes ou non, ce que tu veux et ce que tu ne veux pas dans une relation et encore moins les qualités que tu recherches chez la personne avec qui tu partages ta vie.

Tu ne sais pas si tu es avec lui pour les bonnes raisons, tu sais juste que tu es heureuse et que tu veux que ça n’arrête jamais. Jusqu’au jour où une personne, un grand, un adulte, vienne tout détruire… Ces adultes à qui on fait confiance, ces adultes qui sont censés nous montrer le chemin, qui sont censés nous protéger et nous apprendre à vivre.

Tu fais quoi quand un adulte te fait quelque chose que tu ne veux pas? Tu te sens comment quand personne ne réagit et qu’ils font comme si de rien n’était alors que toi, tu veux mourir de honte? Tu fais quoi quand ton beau-père, le père de ton chum que tu aimes tant, avec qui tu as partagé de si beaux moments depuis des mois, s’avance vers toi, devant ses enfants, et te fait des attouchements sexuels sans ton consentement? Sans même que tu aies le temps de réagir? Tu fais quoi quand personne ne dit rien? Tu fais quoi quand un adulte se donne le droit de détruire tout?

Une fois le calvaire terminé, tu en parles à tes parents, tu as honte, tu pleures, tu essaies de comprendre, on te propose (on t’impose) de porter plainte… ce que tu fais, sans trop comprendre ce qui s’est passé dans le fond. Tu es appelée à rencontrer la police, les enquêteurs, tu racontes ton histoire une vingtaine de fois, tu l’écris, tu la dessines, tu la revis.

Plusieurs mois s’écoulent entre le dépôt de ta plainte et la date de cour. Les jours qui séparent ces deux événements sont stressants; ta vie change complètement, tu ne fais plus confiance à personne, tu vis ta première peine d’amour, car tout contact avec ton chum est interdit à cause des gestes de son père. Tu sors dans les bars même si tu n’as pas l’âge et tu bois… Tu fais face à des commentaires désobligeants de la part des gens qui sont du bord de ton agresseur et sa famille, des commentaires dans le genre: «Ben c’est sûr qu’elle s’est fait violer… regarde comment elle est habillée…» ou du genre: «Maudite salope, tu es en train de détruire sa vie à ce pauvre gars-là, y’a tout vendu pour payer ses avocats!».

Alors tu bois. Tu arrives chez toi aux petites heures du matin, tu blâmes tes parents de t’avoir «obligée» à porter plainte, tu les hais, tu les envoies chier, tu les dénigres et tu t’ouvres une autre bière. Les jours, les semaines et les mois passent. Tu ne sais plus qui tu es, l’alcool est ton seul remède, tu commences à croire les gens qui te traitent de noms, qui te font sentir coupable, tu commences à douter de ta décision, tu remets tout en question, et quand je dis tout, c’est TOUT: ta vie, tes amis, ta famille, ta personne, tes choix, ton style vestimentaire, name it.

La journée de la cour arrive. Tu es là, toi, seule devant lui, ses deux enfants et sa femme, qui ont eu le temps de travailler leur version des faits, qui n’aura rien à voir avec la tienne, mais qu’on croira parce qu’ils sont 4 contre une. Ça te prend tout ton courage pour te tenir debout, pour ne pas perdre connaissance de peur, de rage, d’incompréhension. Tu racontes ton histoire pour la centième fois, tu te fais encore une fois remettre en question, cette fois-ci par l’avocat de monsieur. Tu ne comprends pas trop pourquoi il te pose 15 fois la même question, mais t’as pas le choix, tu dois répondre.

Tu as 17 ans, tu es dans une salle de cour, à témoigner contre ton agresseur, devant sa famille. Tes parents, eux, sont restés à l’extérieur parce que c’est eux qu’on mettra derrière les barreaux s’ils se font justice eux-mêmes. Tu es là, seule avec une photo de ton grand-père décédé dans tes poches, en espérant qu’il veillera sur toi. Tu finis de témoigner, tu quittes la salle parce que tu ne veux même pas entendre leur version; tu es assez détruite comme ça, t’as pas besoin de ça. Tu quittes le palais de justice… La décision est rendue quelques jours plus tard: ACQUITTÉ.

La cour vient de donner raison à mon agresseur et sa famille, la cour vient de donner raison à tous ceux et celles qui m’ont traitée de noms et qui m’ont fait regretter d’avoir porté plainte. Je l’ai sûrement mérité, je n’aurais pas dû m’habiller ainsi, c’étaient sûrement juste des blagues dans le fond, la coupable c’est moi… C’est moi qui ai tout détruit de ma relation avec le gars que j’aimais tant, parce que j’ai dénoncé son père. Mais dans le fond, ce qu’il a fait, ce n’est peut-être pas si grave après tout… s’il ne l’ont pas déclaré coupable… c’est que ces gestes-là sont acceptables?

Tu as 17 ans, tu n’as plus de repères, y’a beaucoup trop choses qui se sont passées en même temps, y’a beaucoup trop de gens envers qui tu avais confiance qui t’on trahie. Tu fais quoi maintenant? Tu as droit aux services de psy de la CAVAC, tu assistes à quelques rencontres pour te rendre compte que ton problème est immense, que tu vas devoir travailler fort pour rebâtir tout ce qui vient de s’écrouler.

Source photo: Unsplash

Les premières années ont été les plus difficiles, encore une fois, l’alcool a été mon meilleur ami. Je ne suis pas fière de tout ce j’ai pu faire dans cette période de ma vie; j’ai fait du mal aux gens qui m’aimaient et qui essayaient de m’aider, je me suis manqué de respect à plusieurs reprises, je suis allée à l’encontre de mes valeurs souvent, sans penser aux conséquences.

Les années passent, et c’est ton travail à toi de te rebâtir, de réapprendre à t’aimer, à aimer, à te faire confiance, à faire confiance, à te défaire des commentaires qui résonnent toujours dans ta tête, à arrêter de porter des jugements. Ça prend du temps, c’est un long processus et comme ce n’est pas tout le monde qui est rendu à la même place que toi, tu dois faire face à des gens méchants, encore et encore.

Ce qui change, ce ne sont pas les gens, c’est toi, c’est ta façon de réagir et d’agir face aux comportements des autres. C’est un combat de tous les jours, je n’ai sans doute pas choisi tout ce qui m’est arrivé dans ma vie, mais j’ai le choix de choisir ce qui s’en vient et je décide d’être heureuse.

Your mess is your message.

Avant de juger quelqu’un SVP, pensez-y deux fois, vous ne savez rien sur cette personne et ce que vous savez encore moins, c’est ce qui vous attend dans le futur.

 

 

 

 

Bianka

Source photo: Unsplash

Champagne & Confetti

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