ÉTATS D'ÂME TEXTES DE M.-C.

F*ck you

Comme j’aimerais faire partie de cette gang qui disent merci à leur ex. Merci de les avoir quittés, de les avoir mal aimés parce qu’ils en ressortent grandis. Pour l’instant, les seuls mots qui me viennent c’est: «fuck you», «menteur», «assassin». Mes mots te semblent exagérés? Moi, je les trouve trop doux pour toi.

Quand tu as décidé que ta vie valait mieux que la mienne, que notre vie à deux, je t’ai dit que tu m’avais détruite. En fait, je pense que j’avais mal évalué le terme. Oui, tu as détruit nos rêves, nos projets, notre avenir, tout ce qui était «nous» ou accordé à notre pluriel. Parce que moi, je t’ai tout donné les yeux fermés. «Y’a pas plus aveugle que celui qui veut pas voir», c’est ça qu’y disent. J’étais vraiment certaine d’avoir les yeux biens ouverts et d’être aux aguets. J’avais déjà vu neiger, après tout.

Le temps s’écoule depuis ta fuite. Et plus le temps passe et plus je me rends compte que tu ne m’as pas détruite, je t’ai laissé m’anéantir. Comme ça, sans rien dire, juste parce que je croyais que lorsqu’on aime vraiment, on doit parfois s’oublier. Qu’on doit laisser tomber des choses qu’on aime, qu’on est, qu’on estime, afin de construire une nouvelle entité appelée «couple».

La perspective d’un jour te perdre m’effrayait à un tel point que je n’ai même pas remarqué que tout mon moi s’effritait. Pire, se désintégrait. Depuis ce temps, j’essaie de ne pas perdre pied en voyant tous les dommages que tu as causés.

Je me sens comme un vieux meuble qui a reçu des tonnes de couches de peinture. Un meuble qu’on a voulu pimper au cours des ans. Un meuble d’un bois précieux que je décide enfin de décaper. Chacune des couches de ta couleur que tu m’as appliquées m’ont privée un peu plus de me mon essence noble. Même avec une brosse d’acier, c’est dur de nettoyer les traces que tu as généreusement appliquées sur moi.

J’ai peur! Je suis terrorisée! Parce que plus j’approche de la matière brute, plus je m’aperçois que le bois est irréversiblement brisé. Plus jamais je ne retrouverai celle que j’étais avant toi. Pour te laisser me faire croire que tu m’aimais, j’ai mis de coté tout ce que j’étais.

J’ai laissé la distance s’immiscer entre mes amis et moi. Parce que pour toi, ils étaient trop ou pas assez, mais surtout différents de toi. Sans le voir, le vide s’est créé. Pourtant, ils ont toujours été les seuls à toujours m’accompagner. Les seuls qui sont toujours et encore là, malgré que moi je n’y étais plus.

J’ai arrêté d’écrire, parce que pour écrire, je devais t’inclure dans mes récits. Tu devais y jouer un rôle important, un rôle fort, un beau rôle. En fait, tu voulais être le centre de mon monde, même celui qui est imaginaire. Alors, j’ai rangé mes cahiers et mes crayons. C’était plus simple de ne plus attacher les lettres. C’était mieux d’écrire en minuscules pour éviter les débats en lettres capitales.

Mes doigts se sont également éloignés des touches de mon piano. À quoi bon enchaîner les notes quand tout semble faux? Les mélodies que j’aimais, les morceaux qui me faisaient du bien n’éveillaient plus ce grand frisson en moi. Même à l’oreille, la partition ne contenait que des croches, il n’y avait plus de rondes, plus d’accords, seulement des silences.

Y’a tellement de choses que tu as voulu cacher et mettre à ta couleur. Mes livres étaient un ramassis de mots tellement mieux illustrés quand ils étaient transposés sur un écran. Les fleurs que j’aimais planter se retrouvaient tondues parce qu’elles dépassaient sur ton gazon. Mes lunettes colorées détonnaient trop pour les tiennes toutes de noir encerclé. Mes cheveux étaient trop parsemés de gris face aux tiens à peine vieillis. Mes projets, mes rêves, mes ambitions étaient trop présents… les tiens trop différents.

Mais pire que de perdre toutes ces petites choses qui me permettaient de m’identifier, de me qualifier, j’ai laissé entre tes mains mon cœur, mon âme et ma magie. Quand je me regarde dans un miroir, je ne vois plus cette fille forte et solide que j’étais, avant toi. Je suis en miettes, comme un miroir éclaté. Pis un miroir éclaté, ça se répare pas, ça se change.

Et chose certaine, tu m’as changée à jamais. Je me sens faible, chancelante. Mon cœur refuse de s’ouvrir une nouvelle fois. Ben, en fait, il peut plus s’ouvrir, tu l’as complètement broyé. Mon âme s’est enfermée dans un corps déjà trop hypothéqué, alors tout s’emmure, se cloisonne. La seule magie qu’il me reste, c’est celle qui me permet de croire que j’arriverai à me construire une nouvelle moi.

Alors, non, je ne te dirai pas merci. Et oui je vais te redire, «fuck you». Tu as détruit la Marie que j’étais, celle que j’aimais. Un jour, tu m’as dit que je n’avais plus aucune valeur marchande! Tu sais quoi? T’avais raison. Pas comme tu le crois, pas dans le sens méchant où tu me l’as dit. Non! Je n’ai plus de valeur marchande parce que plus jamais on pourra m’acheter par amour, par envie ou par les sentiments. Ma valeur sûre, ce sera moi! Alors, fuck you!

 

 

 

M.-C.

Source photo: Pexels

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