Citoyenne de Pichouville – se trouver ordinaire

Tout a commencé le jour où je travaillais à l’école avec une collègue et on a vu passer la maman d’un élève. Clairement, elle avait accordé beaucoup plus des 2 minutes top chrono que j’alloue à ma routine beauté du matin (brossage de dents, habillage, couette louche).

On l’a regardée en se sentant comme deux itinérantes qui voient passer la reine du bal. J’ai regardé ma collègue. Après vérification, elle avait le même look «confortable» que moi. C’est à ce moment que j’ai décrété que nous étions des citoyennes de Pichouville; en d’autres mots, des pichous. On a bien ri. Par la suite, je me suis rendu compte que mon lien d’appartenance à cette ville était renforcé lors des petites soirées, mais surtout sur les réseaux sociaux.

Je me suis rendu compte que je n’appartenais pas à la catégorie de filles qui se lèvent le matin avec du mascara, du eye liner, du cache-cernes et un super brushing. Tsé, la fameuse photo «Bon matin Guys» dans les couvertes, je me réveille comme ça le matin et c’est PAS DU TOUT arrangé avec les gars des vues ni Photoshop.

Moi, le matin, j’ai les cheveux comme si j’avais pogné un choc électrique, les yeux collés, les lèvres bin sèches et une haleine du matin. Ça paraît pas en photo, mais ça accentue mon côté très imparfait. Le genre de fille top modèle en photo se lève plutôt avec une haleine de menthe poivrée et lorsqu’elle pète, ça sent les petits gâteaux à la vanille.

Lorsque je fais défiler mon fil d’actualités ou que je vois des photos Instagram, je me compare. Si je me fie à ça, toutes les filles sont toujours superbement peignées, incroyablement bien maquillées et ont une garde-robe démentielle. Personne n’a de boutons, ni de livres en trop. 24h sur 24, elles sont parfaites.

Je me dis «Come on girl, toi aussi tu es capable!». Pis là, je me mets dans l’application appareil photo de mon cell, je flippe la caméra pour me voir. Ouin, c’est pas génial. J’y mets un peu d’efforts, je me mets la bouche en canard et je me rentre le ventre. Je regarde la photo. Doux Jésus… Je peux pas être moins cute. L’option «se mettre un sac en papier sur la tête pour le reste de mes jours» devient quasiment une bonne idée. Pis là, j’allume!  «Ouvre Photoshop ma poupée, on va te pimper!» Clairement, le mode Hiver et Aquatique n’aide en rien. J’ai beau recadrer, faire la petite baguette magique, je ne suis clairement pas devenue une princesse. Crapaud forever. En fait, en regardant ma photo, on se dirait plus : crapet forever. Je suis un hybride, entre une truite et un canard.

Je réfléchis donc aux causes de ma laideur sociale. Pourquoi sont cutes de même en photo et pas moi? Sont-elles toujours parfaites de même ou juste le temps d’une pose? Est-ce un complot de l’humanité afin de décimer les petites pas belles ? Il est évident que ça pourrait être un sujet de philosophie pour une session entière au cégep. Aristote, Socrate, Karl Marx ont sûrement une opinion sur l’épidémie de pitounes sur les Internets.

Je me dis qu’il faudrait que je remanie mon horaire matinal pour enlever des minutes dans la case sommeil et en ajouter dans la case «PIMP TOI, TU FAIS DUR».  Je me dis que je devrais faire des efforts au quotidien, mais deux minutes après, mon kit mou m’appelle.

Je retourne regarder des photos de chix pour me motiver. Je mets une robe serrée, des talons hauts, je me peigne et je me maquille. Je me sens comme à l’Halloween. Déguisée. Je prends la fameuse photo qui va me faire ressembler aux autres. Je serai enfin citoyenne de Barbieville. Après 3 heures intensives de Photoshop, je me qualifie dans la catégorie des «Pas si pire cutes si on met pas nos lunettes pour juger». Je regarde la fille sur l’image. C’est pas moi. C’est juste pas moi. J’enlève mes peintures de guerre, j’ébouriffe mes cheveux, je mets mon kit t-shirt/jeans (et veste ces temps-ci, parce qu’il fait froid).

Je prends mon petit baluchon et je retourne à la maison. Pichouville, c’est mon chez-moi. Pour moi, y’a rien de plus beau qu’une fille qui est bien avec soi, que ce soit au naturel ou avec une petite touche de magie pour faire ressortir ce qu’elle a de plus joli. J’ai appris ça de mon papa et ma maman.

Mention spéciale à eux de m’avoir donné tout ce qu’il faut pour que je m’aime bien plus que juste à travers une photo. Je veux juste être certaine qu’on me comprenne : y’a absolument rien de mal à se maquiller, à s’arranger et à prendre soin de soi. C’est super, c’est génial. Le problème réside dans le fait de se mettre de la pression pour être parfaite et de s’automutiler l’estime de soi. De ne pas être nous-même.

Si tu te sens comme une super belle imparfaite qui s’accepte, prends ton baluchon et viens. Pichouville t’ouvre ses portes! Tu vas voir, on y est bien. On se partage nos plus beaux selfies de truites et on rit.

 

S-M.

sarah maude

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