Lettre d’une ancienne victime d’intimidation


ÉTATS D'ÂME, DÉVELOPPEMENT, Personnel, x / mardi, septembre 6th, 2016

Nous sommes en 2000, j’ai 11 ans. Ma mère entre dans ma chambre et me demande ce qui ne va pas. La réponse que je lui donne fait chavirer son cœur de mère : « Je n’ai plus d’amis, personne ne m’aime à l’école, je veux mourir. »

En 2012, je lis l’histoire de Marjorie Raymond, une adolescente (parmi beaucoup d’autres) qui a décidé de mettre fin à ses jours suite à des problèmes d’intimidation et de violence. Chaque fois que je lis ou que j’entends parler d’une telle histoire, je reçois un coup de poignard au ventre : ça aurait pu être moi. Chaque fois, le regard apeuré de ma mère me revient en tête. Comment aurais-je pu lui faire ça?

Mon texte s’adresse à un public différent des autres textes que j’ai précédemment écrits. En fait, j’aimerais beaucoup que les jeunes adolescent(e)s qui sont victimes d’intimidation lisent ce texte. Il y a tellement de choses que j’ai envie de leur dire, alors je leur ai écrit une lettre :

Salut.

On ne se connaît pas, mais on a plusieurs choses en commun. Je sais ce que tu vis et ce que tu as vécu. Je sais à quel point ça t’apparaît comme la fin du monde. Je sais que chaque matin, quand tu dois te lever pour aller à l’école, tu ressens des haut-le-cœur. Tu aimerais tant être malade pour rester au lit et ne pas avoir à les affronter. Tu aimerais donc ça être invisible. Toutes ces insultes, tous ces gestes de violence psychologique ou physique t’affaiblissent de plus en plus chaque jour. Aujourd’hui, en plus, avec la technologie, ton calvaire continue même après l’école. Tu reçois des insultes et des menaces sur Facebook. Tu ne t’en sors pas. Tu ne vois pas la fin. Tu te dis que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, pas à ce prix-là.

J’ai eu les mêmes pensées que toi pendant une bonne partie de mon enfance et de mon adolescence. J’ai voulu plusieurs fois mettre un terme à tout ça. Je ne voyais pas plus loin que ça, je croyais ne jamais m’en sortir. Puis, heureusement, j’ai décidé de rester en vie, j’ai vieilli et je me suis rendue compte de plusieurs choses.

Premièrement, sache que le primaire et le secondaire, ça ne représente qu’une petite partie de ta vie. Je sais qu’en ce moment c’est tout ce que t’as connu. Mais plus tard, tu vas penser à ces années (merdiques, on va se le dire) et tu vas te dire que tout ça est tellement loin derrière toi. Oui, tu resteras toujours marqué(e) par ce que t’es en train de vivre, mais ça va faire de toi une personne plus forte. Si je n’étais pas passée par là, je ne crois pas que j’aurais le caractère que j’ai aujourd’hui, le courage de plaider pour gagner ma vie, ni que je serais devenue cette personne aussi sensible aux nombreuses valeurs morales et humaines.

Deuxièmement, ta famille et tes proches ne s’en remettraient jamais si tu partais. Toutes les fois où j’ai voulu mettre fin à mon calvaire, j’ai pensé à ma mère. La détresse que j’ai vue dans ses yeux quand je lui ai dit que je voulais en finir est indescriptible. J’ai alors compris que si je passais à l’acte, elle ne s’en remettrait pas. J’ai décidé que peu importe l’enfer que je vivais, je ne pouvais pas accomplir un tel geste, si égoïste qu’il rendrait les gens autour de moi malheureux. Je le sais que t’as l’impression que personne ne pleurerait ton départ. Mais je te jure que ce n’est pas vrai. Y a des gens qui ne s’en remettraient tout simplement pas. Pense à eux, s’il-te-plaît.

Troisièmement, tu vas l’aimer la vie, un moment donné. Tu ne me crois pas, hein? Je te le jure. Ton calvaire va prendre fin et ta vraie vie va commencer. C’est tellement beau la vie, ne laisse pas les « bullies » te faire penser le contraire. Trouve-toi une passion, fais des choses que t’aimes. Je te promets que si ce n’est pas déjà fait, quand l’école va finir, tu vas enfin l’apprécier, la vie. Je te le dis, je suis tellement heureuse d’être encore ici aujourd’hui pour t’en parler. Veux-tu des enfants plus tard? As-tu un projet de carrière en tête? Reste donc ici pour atteindre tes buts et réaliser tes rêves! Puis, sais-tu quoi? La plupart de mes bourreaux se sont même excusés plusieurs années plus tard! Tu n’es pas obligé(e) de les pardonner comme je l’ai fait, mais ça enlève un poids. La rancune, ce n’est pas bon pour la santé. Et en passant, j’ai plein d’amis maintenant. Tu ne vas pas finir ta vie seul(e), tu n’as juste pas encore rencontré tes vrais amis, ceux que tu vas garder.

Je ne suis pas inquiète. Je sais ce que tu vis, mais je sais aussi ce qui t’attend. Tu ne le vois pas encore, mais c’est du positif. Sois patient(e) et tu auras la chance de le découvrir. Ça ne sera pas facile, mais apprends à faire confiance. Fais confiance aux gens qui sont là pour toi et qui peuvent t’offrir du soutien. Fais confiance aux personnes qui vont croiser ton chemin et qui vont t’offrir leur amitié. Fais confiance à la vie. Fais-toi confiance. Tu vas me remercier dans quelques années…

 G.

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