Vivre avec la dépression – Chapitre 3 – Lire le journal


ÉTATS D'ÂME, TEXTES DE LdT., x / mercredi, février 21st, 2018

C’est le moment tant redouté, celui où il faut entrer en contact avec le monde extérieur. Une gorgée de café et assez de courage pour lire les entêtes. Regard rapide sur les titres : rien n’a changé depuis hier. Le monde nous rit au nez, et on rit au nez du monde. Au moins tout le monde rit, que de plaisir à tout détruire! La même maudite grosse marde qu’hier. Et on se demande pourquoi je suis en dépression.

Moi, je ne changerai rien. Je n’ai pas l’énergie pour ça. Je ne peux qu’observer et me dégoûter du monde. Tout le monde essaie de tricher, ici et là.

« Moi, ça ne compte pas. »

« Je fais juste comme les autres, je ne veux pas me faire avoir. »

« Faut pas être cave, t’sais, si y’a une opportunité, faut la saisir. »

 

Ça me dégoûte, profondément. Si on triche sur nos impôts, faut pas s’offusquer quand le gouvernement triche sur ses budgets. Tout le monde triche, et ça m’écoeure. Le monde m’écoeure.

L’un dit ça, l’autre dit autre, ils gardent le sourire et je leur crache au visage. Le sourire, c’est le pire. C’est la façon qu’ils ont de cracher au visage et de me faire passer pour un monstre quand moi je le fais, sans artifices. L’été dernier, j’ai failli me faire emportiérer et j’étais choquée, sous le choc je veux dire, et la maudite madame continuait de sourire, et j’avais envie de lui enfoncer la tête dans sa porte de voiture, de voir son sourire revoler en éclats, s’étendre sur la chaussée, là où auraient pu se répandre des parcelles de mon crâne. Pulvériser, je voulais lui pulvériser le sourire.

Un autre jour, je me suis fait suivre par un monsieur en pick-up qui me disait qu’au lieu de rouler dans ma voie, je devrais aller rouler dans le sens contraire de la piste cyclable de l’autre côté. Que ça lui ferait plus de place pour passer. Il m’a suivie pendant un bon coin de rue, roulant à ma vitesse, dans son gros pick-up alors que je ne suis pas encore tout à fait à l’aise en vélo.

Et le nombre de voitures qui se placent directement sur la piste cyclable lorsqu’elles veulent tourner, alors que moi je veux juste avancer, et que je vais devoir attendre 3 lumières pour passer. Je pourrais les contourner, aller sur le trottoir, avec les autres cyclistes, parce que « eux ça ne compte pas », « eux ils font juste comme les autres, ils ne veulent pas se faire avoir ». Ça me dégoûte. Tout le monde me dégoûte.

Comme ce chauffeur de taxi qui est rentré dans un couple de personnes âgées, alors qu’il voulait tourner à droite mais se trouvait dans la voie de gauche. Je lui ai pédalé après, même si je ne suis pas encore très à l’aise en bicyclette. J’étais outrée, dégoûtée, je l’ai forcé à rebrousser chemin et tout ce qu’il trouvait à dire, c’est qu’il devait aller chercher un client. « Si y’a une opportunité, faut la saisir ». J’ai appris plus tard que ce n’était pas son taxi et qu’il n’avait pas d’assurances. Les vieux vont bien, si vous vous demandiez. Ils sont venus me porter une boîte de chocolats et un billet de loto pour me remercier de mon sale caractère.

Peut-être que ce n’est pas pour moi le vélo.

Ni le journal, avec les photos de toutes ces personnes qui ont les dents blanches et les yeux brillants. Comme vous avez une grande bouche, mère-grand! Mais au moins, eux, on s’y attend. J’aimerais pouvoir me dire que ce ne sont que les dirigeants qui sont des trous de cul, que le vrai monde, lui, se serre les coudes. Qu’on est bons et généreux. Mais non. On n’est tous des fuckers. Tous. Mais moi, ça ne compte pas…

 

Lire aussi :

Vivre avec la dépression – Chapitre 1 – Mettre le pied à terre
Vivre avec la dépression – Chapitre 2 – Faire le café

 

Pour lire la suite :

VIVRE AVEC LA DÉPRESSION – CHAPITRE 4 – PRENDRE SA DOUCHE
VIVRE AVEC LA DÉPRESSION – CHAPITRE 5 – À SON GRILLE-PAIN!
VIVRE AVEC LA DÉPRESSION – CHAPITRE 6 – METTRE SON MANTEAU
Vivre avec la dépression – Chapitre 7 – Franchir le cadre de porte

 

 

 

LdT.

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Source photo : Unsplash

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