Une séance boudoir pour aimer son corps


ÉTATS D'ÂME, DÉVELOPPEMENT, MODE&BEAUTÉ, Personnel, TEXTES DE CLAU., x / mercredi, mai 9th, 2018

Je ne me suis jamais trouvée aussi laide que depuis que je suis devenue mère. Ternie par le manque de sommeil, je me sens comme une vieille bicyclette avec un siège banane qui traîne depuis trop longtemps au soleil dans le fond d’une cour. Jadis d’un rouge éclatant, elle est maintenant d’une couleur pâle, difficilement identifiable. Elle est pleine de rouille et la sonnette ne fonctionne plus. Quoi qu’il en soit, ses belles années semblent clairement derrière elle.

Si la maternité est censée être le summum de la féminité pour certaines femmes, elle a été pour moi la période où j’ai eu l’impression de vieillir de façon exponentielle. Certes, mes enfants me comblent de bonheur et de fierté au quotidien et je ne peux plus imaginer une vie sans eux. Chaque jour, je remercie la vie de me donner le privilège d’être la maman de ces magnifiques petits êtres. Toutefois, je ne pensais pas que j’aurais autant de difficulté à m’adapter aux changements corporels que cela implique, d’autant plus que je n’ai jamais été quelqu’un qui se souciait vraiment de son apparence. Je me sens lourde et molle, et ce n’est pas qu’une question de chiffres sur la balance. Tout a ramolli, c’est comme si le collagène qui tenait tout en place avait pris son 4% et était parti en courant. Mon ventre est plus proéminent que mes seins et j’ai perpétuellement l’air d’être en début de grossesse, en plus d’avoir perdu tellement de cheveux qu’on va bientôt me confondre avec la poupée Chucky.

Au début de l’année 2018, mon département des bonnes idées s’est enflammé et je me suis dit que ce serait une idée géniale de participer à une séance photo boudoir afin de me réconcilier avec mon corps. À l’aise devant un appareil photo comme Donald Trump dans une garderie, j’ai vite réalisé que de prendre des photos en bobettes et de voir en gros plan tout ce que je n’aimais pas de mon corps était un assez mauvais plan. Trop tard: j’avais déjà payé la séance! Sous les bons conseils de la photographe, je me suis préparée de mon mieux afin que l’expérience soit la plus positive possible et tout s’est finalement bien déroulé.

Malgré le grand talent de la photographe, le premier visionnement des photos a été brutal. Elle peut trouver les bons angles pour mettre mon corps en valeur, mais elle ne peut pas le changer du tout au tout. Si ça avait été les photos d’une autre femme, je les aurais trouvées superbes. Je ne compare pas mon corps avec celui des autres, mais avec mon corps d’avant. Je sais comment il était et comment il ne sera plus jamais et c’est ce que je trouve le plus difficile.

Toutefois, à force de regarder les photos, je me suis mise à les aimer. À aimer quelques-unes de mes courbes, mais surtout à aimer l’audace et le courage que j’avais eu de faire cette démarche. Disons que c’est le point zéro d’un long processus et j’ai bon espoir qu’un jour j’aimerai à nouveau mon corps. Étant donné que l’on trouve toujours que tout était mieux avant (les Noëls d’avant, l’école dans notre temps, les jouets d’avant, les vieilles émissions pour enfants), j’ai maintenant un souvenir de mon «corps d’avant» que je vais probablement bien apprécier lorsque j’aurai 65 ans.

 

 

 

Clau.

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Source photo: Unsplash

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