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Thérapie géographique

Thérapie géographique, qu’elle appelait ça ma mère. «Been there, done that. Zéro efficacité!», qu’elle disait ma mère.

La première fois, j’avais 18 ans. Des notes en chutes libres, un cœur à la dérive une fois de plus. Les portes de mon avenir se refermaient l’une après l’autre. La seule solution: fuir. Prendre le premier autobus pour Québec, rejoindre le premier venu. Oublier tout, le temps d’un long weekend. Aller remettre les pendules à zéro. Partir pour tout recommencer à mon retour. Me faire croire que tout ça n’existe pas, que tout sera différent après m’être éloignée. Revenir plutôt déçue, avec un goût amer en bouche. Retrouver ma vie telle quelle. Réaffronter les mêmes problèmes. «Zéro efficacité», qu’elle disait ma mère.

J’ai quand même remis le tout, des années plus tard. Quand tout s’est écroulé. Quand le sol s’est dérobé sous nos pieds. Paqueter mon homme et les petits. Entraîner tout le monde dans mon besoin de fuite. Maintenant. Se faire croire que la vie est belle, que tout ça n’est pas arrivé, n’arrivera pas. Revenir avec notre fils toujours malade, notre couple toujours au bord de l’implosion. On ne peut éviter l’inévitable. Même avec 6h d’avion. «Zéro efficacité», qu’elle disait ma mère.

Puis, quitter le pays avec d’autres pour le faire réagir. Pour que les choses bougent dans sa tête, dans son cœur. Parcourir la moitié d’un pays à la recherche de quoi, de qui? De lui, de moi, de nous? Aller au bout du monde pour réaliser que je l’aime. Revenir du bout du monde pour réaliser qu’il ne m’aime pas. L’amour qui ne tourne pas du même sens que la Terre. Comme si partir loin allait tout réparer. «Zéro efficacité», qu’elle disait ma mère.

Encore aujourd’hui, à 29 ans, la première solution qui apparaît: partir, fuir. Tout ira mieux après. Mon fils qui n’arrive pas à s’aimer, à aimer la vie. Son frère trop fragile. Lui avec un trop grand besoin de crier son existence. Son opposition universelle comme expression de son malheur. Une seule idée; le sortir, l’éloigner, l’isoler.

Mais la distance ne change pas les gens. Les paysages n’agissent pas sur la personnalité, l’inné, l’acquis, la douleur intérieure. Les blessures ne guérissent pas plus vite sous les palmiers. S’exiler seule avec lui toute une semaine dans un paradis terrestre n’aura pas réglé ses problèmes. Son frère sera toujours aussi fragile et ses parents aussi séparés qu’avant son départ. Ça n’aura été qu’une illusion de ce que pourrait être sa vie sans aucun irritant. Et un retour à la réalité des plus frustrants du haut de ses 7 ans. «Zéro efficacité», qu’elle disait ma mère.

Et si c’était un mécanisme de défense, une mode de survie? Pour moi, la thérapie géographique est bien plus qu’une fuite, qu’un recul. C’est la seule façon de garder la tête hors de l’eau lorsque l’orage est trop fort. Prendre une pause pour mieux affronter la tempête. Se permettre de rêver à des jours meilleurs, se donner le droit d’y croire. Ça ne règle peut-être rien, mais ça laisse croire qu’un jour, on s’en sortira. Vrai ou pas. On a tous besoin d’y croire. Et tant pis si ça prend 5000 km et un passeport pour retrouver l’espoir.

 

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A.

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